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jeudi 8 novembre 2007

Un mardi bien calme

Mardi soir, Waitress au travail. Les heures passent tranquillement avec les quelques clients qui se pointent. Un juge et une avocate qui se saoulent au vin, deux amies qui placottent devant un bon repas. Deux femmes seules, l'une avec un roman et l'autre qui feuillette un livre sur Barcelone. Sans doute sa prochaine destination vacances. Chanceuse.

20h30. Je me prépare à fermer l'endroit. Tandis que je vide le lave-vaisselle, un homme entre. Me demande si quelqu'un l'attend.

- Non, vous êtes le premier.

Il s'assoit au bar, commande une pinte de blonde. Je discute un peu avec lui, c'est un client régulier. Patron nous rejoint. Tandis qu'il se verse un verre de vin, il m'offre une bière. Que j'accepte.

Le juge et l'avocate, bien ronds, quittent le restaurant en prenant leurs voitures respectives. Les quatre autres femmes en font autant. L'invité du client régulier tarde à arriver. Merde. Moi qui souhaitais terminer tôt, c'est sans doute foutu. Je lui sers une autre bière. Attente.

M. Frisé finit par débarquer. Commande à boire. Ne veut pas manger. Je fais donc préparer le plat du client #1.

Un couple entre. Des amis de Patron. Tournée de scotch. Puis un autre client régulier, M. Bougon. Un quinquagénaire qui chiale sur tout, tout le temps. Mais qui reste gentil avec moi. Heureusement. Suivit des trois serveurs du restaurant d'à côté. Décidément, je ne suis pas partie.

M. Frisé vient manger au restaurant six à huit fois par semaine. Parfois en compagnie d'un jeune homme bien charmant. Un chanteur du Bas-du-Fleuve. Qui connaît du succès surtout en France. Qui tourne un film en ce moment, quelque part sur l'Îles-d'Orléan. Waitress ne reste pas insensible aux sourires du Chanteur de Pomme. Et le Patron, un peu cocktail, en parle avec M. Frisé.

- T'es célibataire, Waitress ?
- Voui.
- Ben, il te trouve cute aussi. Faudrait arranger de quoi. J'vais m'arranger pour que tu sois en congé le 16 prochain, il joue à Québec, tu viendras.

Waitress rouge tomate s'enfuie. J'ai quelque chose à faire en cuisine. Merde. Merde. Merde.

Tout le monde qui boit. Beaucoup. Je ne cesse de remplir les verres. Le couple d'amis quitte le bistro, ils sont trop saouls. L'heure est au sommeil pour eux.

Patron et M. Frisé m'invitent à m'asseoir à leur table. Je me prends un autre verre. On jase, on boit, on fume des clopes en écoutant de la musique. Finalement, tout le monde me règle à 1h00. Grosses factures, pourboires généreux.

Seule avec Patron, je poursuis la fermeture. Une fois que tout est terminé, il me tend un autre verre de bière. Le cinquième. Merde. J'ai ma voiture. Et c'est moi qui ferai l'ouverture le lendemain. Mais j'accepte. On s'assoit côte à côté au bar. Patron en état très avancé. Me fait du charme. Finit par me dire qu'il m'adore. Il est temps que Waitress reparte chez elle. Après l'avoir incité à la prudence sur le retour à la maison, je referme la porte derrière moi.

*
Lendemain légèrement pénible. Je me sens fatiguée. J'ai atterri dans mon lit à 2h30 du matin. En voyant la tête du Patron, j'ai l'impression d'être en pleine forme. Il sent encore l'alcool. Et m'apprend qu'il a dormi sur une banquette du restaurant. Que sa femme est bien fâchée. Qu'elle croit qu'il l'a trompée. Waitress fait le reste des déductions. Avec moi. MOI. Merde. Merde. Merde.

dimanche 28 octobre 2007

Des principes de Waitress

Vendredi. Waitress se pointe au bar, pour participer à la fin du cinq-à-sept. Assise au comptoir, je commande une bière, question de ne pas exagérer autant que la semaine précédente. Les gins & tonic, c’est traitre.


Al Bee m’accompagne, se tient à ma gauche. Nous nous relatons les diverses aventures de la semaine. Mon boulot et les hésitations, M. Magazine et l’envie de mourir sur place. Il me raconte la belle S. qui lui torture le cœur, qu’il ne veut plus revoir pour un temps. Arrive une série de shooters, gracieuseté la Barmaid. La traditionnelle tournée des « Amis du vendredi ».


Al Bee me présente son voisin, Pit. Une connaissance. Il discute avec nous, on déconne. Sur leur pseudo sortie de prison pour le week-end, de ma condition de dinde qui commence à freaker à l’approche de Noël.


20h17. Al Bee doit quitter, rejoindre une autre amie à qui il a promis de faire les courses.

- Tu fais quoi ensuite, Waitress ?
- Aucune idée encore, pas de plan pour la soirée.
- Moi je vais repasser plus tard. Penses-tu rester ici ?
- Sais pas, j’irai peut-être en haute-ville.
- Laisse un message sur le répondeur si tu vas ailleurs.


Je vais appeler Copine. Répondeur. Plus tôt, je lui ai laissé un message comme quoi je serais au bar, une invitation à me rejoindre. Elle ne viendra pas.


De retour à mon tabouret, une vodka attend à côté de ma bière. Chin-chin, Pit. Nous conversons à propos du service, métier qu’il a pratiqué pendant de nombreuses années. Jusqu’à écœurement. Il a alors entrepris une formation en boucherie. A vécu sa jeunesse dans un chalet près de ma ville natale. Nous en parlons. Puis, la littérature et le cinéma passent. Nos goûts sont souvent similaires. Conversation intéressante.


Nous montons au deuxième étage, où il y a moins de monde et moins de bruit. Vodka, vodka, bière. Je finis par me retourner et constater qu’Al Bee est de nouveau à mes côtés. On déconne un peu, lui me regarde avec de grands sourires.


Pit se rapproche de plus en plus de mon corps. Frisson. Sa main saisit la mienne. Il s’approche et m’embrasse. Ses lèvres pulpeuses sur les miennes. Frisson. Je me retire un peu. Il revient, n’ai pas la volonté de résister. Me propose d’aller chez moi.


- Non.


Il insiste, j’ai envie de flancher. Il m’embrasse encore, me mordille le bras. Chair de poule.


- J’aimerais te faire l’amour.
- Moi aussi. Mais, non.


Je sors fumer une cigarette avec Al Bee. Lui raconte ce qui se passe.


- Pourquoi tu dis pas oui ?
- Parce qu’il est tellement en couple.
- C’est pas ton problème.
- Je sais. Mais j’veux pas m’immiscer dans cette histoire-là.


Il me fait un colleux, me flatte les cheveux. Retour à l’intérieur. Pit poursuit son manège. Me murmure des obscénités au creux de l’oreille, m’embrasse, me mords. Sa main conduit la mienne à son entrejambe. Érection. Je me tasse, fais de gros yeux. Non. Non. Non.


Je commande deux gins d’un coup. Bois le premier en deux gorgées. Il sait maintenant que je ne changerai pas d’idée. Quitte le bar. Je bois l’autre verre doucement, les yeux rivés sur le comptoir. Last call. C’est à mon tour de partir.


Tôt samedi matin, je me suis réveillée. Encore cocktail. Un goût amer dans la bouche. Sans savoir pourquoi, je me doute qu’il m’aurait fait l’amour doucement. Qu’il aurait su dévorer mon corps, que nos gestes auraient gagné en agressivité. Que s’aurait été bon. Il aurait remis ses vêtements. Appeler un taxi pour regagner son appartement. Et sa copine.


Mais j’exige une cuillère après l’amour.

mardi 23 octobre 2007

Journée merdique d'octobre

Encore une nuit agitée. Je suis sur le canapé, endormie, lumières et télévision ouvertes. J’entends quand même ce qui se dit à l’écran. Une voix de petit garçon. Qui présente la météo. Allez savoir pourquoi, Waitress a la trouille. Terrifiée par un présentateur de météo, âgé de six ans. J’entends un bruit, qui provient de la porte d’entrée, située à la gauche du sofa. Quelqu’un qui entre chez moi. Je ne dors plus, mais garde les yeux clos. Trop peur de voir ce qui se passe. Sens la personne se déplacer, passer devant mon corps. Ou plutôt je le devine aux frottements de ses vêtements. L’inconnu s’assoit sur le divan, près de mes jambes. Waitress attend la suite. On soulève un bâton. Pour me frappe derrière la tête.


J’émerge du sommeil. Je suis sur le canapé, lumières et télévision ouvertes, allongée dans la même position que dans le rêve. Le cœur qui bat fort, je ne veux pas regarder autour de moi. Au cas où il y aurait quelqu’un. Je me raisonne après un moment, vais me coucher dans mon lit. Le même rêve une autre fois au cours de la nuit.


À 11h00, je quitte l’appartement pour me rendre au travail. Cigarette aux lèvres, Metric dans les oreilles. Sur le chemin St-Louis, tout prêt du restaurant, une voiture surgit d’une allée, me coupe le chemin. Au lieu d’avancée, elle s’arrête dans la rue. Demeure immobile. J’écrase la pédale de frein. Ma Sunfire glisse sur l’asphalte mouillée, un coup de volant à droite. Certaine d’emboutir le derrière de l’autre, je m’arrête à quelques millimètres de lui.


Les mains tremblantes, je me présente au travail. Le patron m’apprend que sept journalistes viennent luncher chez nous, que je m’occuperai d’eux. Pas de problème. Puisqu’ils arriveront d’ici peu, je tente de me ressaisir. Avec plus ou moins de succès. Toujours parcourue de tremblements, la bouche sèche. Ils arrivent. Prennent l’apéritif. Un deuxième. Ils attendent l’arrivée d’un retardataire. Tandis que je sers une autre table, Monsieur Magasine se pointe. (Voir ici et là)Merde. Merde, merde, merde.

Patron m’accroche pour me dire qui il est.


- Je sais.
- Une ancienne flamme ?
- Non.
- J’espère que l’histoire s’est bien finit, faudrait qu’il parle en bien du resto…


Dès qu’il me voit, il se lève, m’embrasse les joues, demande de mes nouvelles.


Les mains tremblantes, j’ouvre les bouteilles de vin, en fait le service, apporte les corbeilles de pain, les entrées sous l’œil calculateur de M. Magasine.


Malgré la nervosité, tout se passe bien. Waitress retire les assiettes vides, remplit les verres de vin, ajuste les couverts. Puis, le voisin de M. Magasine m’accroche par le coude.



- Mademoiselle, vous savez que le beau jeune homme ici est célibataire ?


Waitress bégaie. Merde, merde, merde. POURQUOI MOI ?


M. Magasine me demande si je passe l’hiver dans ce bistro.


- J’en suis à ma première semaine, je sais pas encore.


Premier à quitter la table pour poursuivre sa journée de travail, le garçon me fait à nouveau la bise en ajoutant qu’on se reverra bientôt. Sûrement, oui…


Avec un chef à l’air bête, aux réponses cinglantes, avec la pluie et le fait que ce n’est que le deuxième jour de la semaine, c’est ce que j’appelle une journée de merde.


Et en passant. Les journalistes, ça mangent et boient comme des porcs.



jeudi 30 août 2007

Les trains qui passent

Lundi, le week-end de Waitress s’amorce. Je me pointe au bar, où Française m’attend, deux gins sur la petite table de la terrasse. Nous sommes au milieu du cinq-à-sept de la restauration. Outre Française, deux autres cuisiniers sont là, de même que le serveur responsable d’un nouveau resto du Carré d’Youville. Un propriétaire de bar boit à la table derrière nous, tout le monde qui jase, tout le monde qui niaise et c’est parti. La danse des verres vides des verres pleins.

M. Magazine arrive, avec quelques amis. Bonjour discret de la tête. Profitant d’un aller-retour à l’intérieur de ma copine, il vient s’assoir à ma table. Il porte un affreux chandail beige-gris. À col roulé. Son sourire et ses yeux pétillants compensent presque son manque de goût.


- Ta patronne t’a dit que j’ai téléphoné ?
- Si.
- Deux fois ?
- Si.
- Pourquoi tu n’as pas rappelé ?


Waitress qui patine. On m’a dit qu’il avait une copine. Ce qui m’a convaincu de ne pas retourner le premier appel. Ensuite, je ne retourne jamais d’appel.


- Pourquoi ?
- Je suis une personne timide.
- As-tu idée du nombre de possibilité que tu as manqué par pudeur ?


Waitress cassée. Je réfléchie aux occasions ratées parce que je n’ai pas osé. Toutes ces fois où une invitation et un numéro m’attendaient sur le répondeur. Ces hommes qui laissent un puis deux messages et qui ne donnent plus de nouvelles. Normal. Mon silence interprété comme un refus. Oui, combien de perches tendues ?


Waitress en pleine angoisse devant M. Magazine. Je tente un subtil changement de sujet, mais j’ai la tête ailleurs. Je pense aux vies possibles que j’ai évitées. À cette boîte sous mon lit, remplie de numéros de téléphone que je n’ai jamais composés. Pourquoi ?


Par peur. Du ridicule, comme du bonheur. Une ligne qui s’étend sur chaque moment de mon quotidien; Waitress et la crainte de la nourriture, Waitress aux instincts réprimés, aux désirs refoulés. Waitress et la peur de vivre.


L’incertitude qui me donne des boutons, les prises de décisions qui m’empêchent de dormir. Cette incapacité à formuler des « Je rêve de », « J’aimerais bien ». Les projets avortés par la simple pensé que c’est impossible, que je ne peux pas me permettre un tel truc.


Il me semble que je n’ai rien fait de l’été. Ni du reste de l’année. Pourquoi ? Combien de vies possibles j’ai regardé passé ?


Faudrait cesser de regarder les trains passer, en choisir un, par raison ou par hasard, mais tenter quelque chose. Oser, choisir d’être moi, une femme qui mord dans la vie, en mode action. En finir avec cette habitude à me laisser flotter au vent, sans m’accrocher à rien jamais. Vivre, tomber, me péter la gueule, mais foutre quelque chose avec la certitude d’exister.


M. Magazine qui parle devant moi. Et la Waitress qui n’écoute plus rien. Qui se dit par contre qu’elle ne prendra pas ce train là. Il s’avère que le garçon pu du bec.

vendredi 10 août 2007

Waitress la bourique

Al Bee au téléphone qui s’informe de mon rendez-vous matinal de lundi avec Joli Minois. Je lui raconte avec une tonne de détails, les croissants, son sourire, sa voix, la belle pluie qui tombait ce jour-là.


- Une belle pluie ?
- Oui, ça tombait à grosses gouttes, il a fait noir toute la journée, bien jolie pluie.
- Waitress, grosse dinde.
- Pas tant de compliments, tu vas me gêner…


La conversation se poursuit sur un délire, comme à l'ordinaire. De notre future compagnie de poules pour aveugles, nous arrivons à la conclusion que les Albertains ne mangent pas. Délire.

- Al Bee...
- Vouis ?
- J'ai rencontré un gars l'autre jour au bar...
- Un autre ?
- Hummm. J'crois que tu le connais...
- Qui ?
- M. Magazine.
- Ah. Oui, je le connais bien. Quoi ?

Résumé de la soirée de dimanche.


- T’as-tu faites de quoi avec ?
- Ben, non là.
- Heil, si oui, faut tu sois franche, sa blonde m’intéresse, je me gênerai plus pour la courtiser.
- Sa blonde ?
- T’as ben l’air surprise ?
- Non, non.
- Waitress…
- C’est juste que ça fit pas avec ce qu’il m’a dit…

jeudi 9 août 2007

Des garçons

Lundi, 2h47 du matin. Sur la terrasse du bar, en compagnie de ma copine et collègue de travail Française. Chaque dimanche, après la soirée au resto, nous nous retrouvons là, sur une chaise de plastique de la Basse-Ville. C’est la soirée morons. Comme si tout les mottés solitaires de la ville s’y donnent aussi rendez-vous. On se bidonne ensemble, devant ces hommes trop gelés trop saouls qui défilent devant nous, gin tonic en main.

Cette semaine par contre, peu de mottés sur la terrasse. Comme s’ils se reposaient en vu du spectacle de Slayer. À notre table, M. Magazine. Aussi d’origine française, c’est un garçon bien gentil, bien charmant, bien cultivé qui aime les restaurants. Nous lui parlons du nôtre, sur l’Île, avec l’idée de le convaincre de passer nous voir. Ni une ni l’autre ne voulons toucher du chômage cet hiver. Il faut qu’il écrive un article sur notre établissement.

La conversation est agréable, elle passe des restaurants aux voyages, à notre célibat. Musique. Les gins se succèdent à une vitesse folle.

- J’en bois un dernier, ensuite je file. J’ai une date demain matin.

Apparaît alors un autre gin devant moi, avec une vodka canneberge. Encore et encore et encore. 2h47. Last call. Waitress complètement bourrée. Française aussi.

Nous quittons le bar, chacun dans notre direction. M. Magazine prend le même chemin que moi. Il profite de la marche pour poser des questions plus approfondies sur mon célibat.

- Bien ça fait un peu plus d’un an que je suis seule.
- Comment ça ?
- J’ai fait très peu de rencontre intéressante au cours de la dernière année. Une seule en fait. Je ne cherche pas à être en couple, je n’ai besoin de personne pour être heureuse. Ça arrivera quand ça arrivera, c’est tout.
- Tu viens faire un tour chez moi ?
- Pas longtemps.

Dans une rue inconnue, je monte des marches qui mènent je ne sais où. À l’intérieur, c’est immense. M. Magazine habite un loft du centre-ville. Plafonds hauts, mur du salon entièrement fenêtré, îlot de cuisine. La conversation se poursuit, sur tout et rien.

- Tu m’excuseras, j’suis saoule.
- T’inquiètes, moi aussi.

Assise sur un tabouret de cuisine, j’avale un verre d’eau à grandes gorgées. Une lampe est allumée, déposée sur le plancher. Elle crée de superbes jeux d’ombres sur les murs. Le reste de l’éclairage provient des lumières de la ville. Ambiance feutrée. M. Magazine se trouve agenouillé à mes côtés, un bras accroché à mes jambes. Il se lève d’un coup, prend mon visage entre ses mains, m’embrasse.

Ses lèvres chaudes sur les miennes. Du confort bien apaisant, de l’affection rose bonbon. Sa langue qui frôle la mienne, ses doigts dans mon cou.

- Il faut que je parte.
- T’as qu’à la canceller, ta date.
- Non. Je m’en vais.

Dehors, le ciel pâlit à l’est. Merde. Je suis complètement bourrée. Je marche un instant avant de constater que j’ignore où je me trouve. Mes pieds avancent au hasard, jusqu’à ce que je me repère grâce à l’épicerie Rochon.

J’entre dans mon appartement à 5h00 du matin. Il faut que je mange. Je me concocte un sandwich, question de ralentir la digestion de l’alcool et me sentir mieux au levé. Je finis par tombée endormie sur le sofa.


*


J’ouvre les yeux trente minutes avant mon rendez-vous avec Joli Minois. En panique, puisque mon appartement ressemble au Cambodge. Avec l’impression d’être toujours en ivresse. Je courre partout, lave la vaisselle qui n’est constitué que de tasses à café, de verres et de quelques ustensiles. Passe un balai rapide, lance du linge dans ma chambre, dont je prends soin de fermer la porte. Je prépare ma cafetière, mets le rond du poêle en marche. J’enfile un capri noir, une camisole noire et blanche à pois et à motifs étranges. Elle donne l’impression que j’ai un peu de seins. Alors que j’allais entreprendre mon maquillage, on cogne à la porte. Merde, merde, j’ai l’air de rien encore.

Je fais entrer Joli Minois. Dehors, il pleut à grosses gouttes. Il fait sombre partout. Un album de Feist joue en arrière plan. Dans ses mains, un grand sac en papier remplit de croissants et de muffins frais. Il me sourie, je lui sourie. Qu’est-ce qu’il est beau. Il porte une chemise noire avec un pantalon pâle, presque blanc.

Le café est prêt, je lui en offre un. Il s’assoit sur les marches de la cuisine. Waitress à sa droite. On s’allume une clope, moment calme. On rit, on parle, on s’empiffre de croissants. J’aime le regarder raconter des histoires. Son visage et ses mains sont expressifs, c’est une chose que j’adore chez les gens. Les heures passent à une vitesse folle, à un moment mon lecteur CD s’est arrêté, au bout de toute la musique qu’il y avait dedans, mais je ne m’en suis pas aperçue. J’ai vu l’heure sur la cuisinière.

- Je vais devoir commencer à me préparer pour le travail.
- Déjà ! Je vais y aller.

Il remet ses souliers. Sur le bord de la porte, je ne sais que faire. J’ai envie de l’embrasser. Je dépose deux baisers sur ses joues, ses bras se serrent sur mon corps. Je reste là un instant, les yeux fermés, le nez collé sur ses vêtements à respirer son odeur.
*


C’est la tête dans le cul que je me suis pointée au travail. Mais avec un grand sourire sur les lèvres qui ne m’a pas quitté depuis.

mardi 7 août 2007

Des beaux imprévus de la vie...

Samedi soir au restaurant. Nous sommes en plein Feux Loto-Québec, les couleurs et les explosions illuminent le ciel au-dessus de la chute Montmorency. Situé juste en face du spectacle, le resto affiche complet deux soirs semaine pendant cet événement.



Lorsque les feux débutent, nous arrêtons le service pour trente minutes, question d'avancer le ménage, de boire une bière et de profiter de notre unique break pour griller une cigarette. Au bar, j'aperçois un joli garçon. Grand, mince, mâchoire carrée, pommettes hautes et bien habillé. Chic et décontracté. Mais c'est surtout son immense sourire que je remarque. Quelque chose de doux émane de lui.



Ma collègue de travaille, qui fait la barmaid pour la soirée, discute avec lui. Ils se sourient, échangent des regards intenses. Elle se mariera d'ici trois semaines, je me dis qu'elle fait bien de profiter de ses charmes avant la noce.



Je me retrouve derrière le bar à ranger des verres. Mes yeux rencontrent ceux du garçon. Sourires.



- Waitress, je te présente Joli Minois, mon frère.



Ahhhhhhh...



Une main bien enchantée se tend vers lui. Il la serre, une seconde trop longtemps. P'tit coeur bat vite, vite. J'échange quelques paroles avec lui, je retourne à mon ménage, il quitte le restaurant.



Après la fermeture, tout le monde se retrouve sur la terrasse, à souper, boire un verre, fumer une cigarette. L'air est bon, la température à descendu de plusieurs degrés, le dernier album de Daniel Bélanger joue dans les hauts-parleurs.



- Mon frère t'as trouvée très jolie, Waitress.

- Faut dire qu'il est pas mal lui aussi...

- Il m'a demandé si tu es célibataire.

- Ah oui ?

- J'ai aussi dit que tu es fuckée dans tête.

- Quoi ! Pourquoi t'as dit ça, franchement ! Tout le monde a le temps de le remarquer tout seul !

- Oui, mais t'en fais pas, il m'a répondu que lui aussi il est fucké !

- Si tu fais toujours ça, j'comprends pourquoi je ramasse pas beaucoup de numéro de téléphone pendant que je travaille...



*


Mercredi soir. Les feux devraient débuter dans un instant. Je sens un regard dans mon dos. Il est là, une bière en main au comptoir du bar. Je le salue, parle un peu avec lui avant d'aller aviser les clients que le service s'arrête pour la prochaine demie-heure, question de leur suggérer d'avoir quelque chose à boire le temps du spectacle.


Partout, je sens son regard sur moi, je me retourne parfois vers lui, il me sourie. Waitress renvoie la balle. Je deviens nerveuse, gênée, aussi fébrile qu'une fillette en attente du Père Noël. Attention, danger.


Je m'enfarge dans une ganse de sacoche, échappe un verre vide par terre, en rattrape un au vol. Câlis. Au loin, mon patron m'observe, les épaules qui sautent. Il a deviné mon malaise, trouve le tout bien cocasse, alors que j'ai surtout envie de me taper la tête dans un mur.


*


Quelques jours plus tard, je fais un shiff avec Collègue. Elle me parle de son frère, je lui pose quelques questions à son sujet. Me demande si je veux son numéro de téléphone.


- J'suis pas membre du club des appleuses, je vais te laisser le mien plutôt, si jamais il le voudrait.

- Il va te donner des nouvelles, j'en suis certaine.

- On verra bien.


21h30. Le téléphone sonne. Il s'en vient.


Dès qu'il met les pieds dans le restaurant, je recommence à échapper des ustensiles partout. Merde, merde, merde.


Il reste prendre un verre avec nous à la fermeture. Nos regards se croisent souvent. En me donnant deux baisers sur les joues, ses lèvres approchent mon oreille.


- Est-ce que je peux t'appeler ?


Je hoche simplement de la tête en souriant.


*


Il m'a laissée un message sur le répondeur. Une invitation à prendre un verre, pendant le week-
end. Avec le numéro de son cellulaire. Le quotidien de Waitress n'est jamais simple. C'est pourquoi j'ai sans doute eu une irrépressible envie d'aller jouer dans les fils près du répondeur. De le débrancher par erreur. Et, par le fait même, de perdre tous les messages enregistrés.


J'ai dû attendre de travailler à nouveau avec Collègue pour demander le numéro et de fournir
une petite explication subtile disant que mon silence de signifie pas un manque d'intérêt...


*


Dimanche dernier. J'ai terminé la soirée très tôt, pas assez de clients, ma patronne me coupe. De retour à 20h00 chez moi, je me dis que c'est le temps. Je saisie le téléphone, p'tit coeur qui bat fort, mains moites.


Aussitôt que la conversation est entamé, la nervosité disparaît. Sa voix apaisante me calme. Il finit par s'informer de mes congés de la semaine, moi des siens. Horaires incompatibles. Zut.


- On sera condamné à se voir le matin, qu'il me dit.

- Ben, oui, t'auras qu'à te pointer chez moi avec des croissants, je m'occuperai du café.

- Demain, ça te va ?

- (!!!) Oui, à quelle heure ?

- 11h00 ?

- Parfait, je t'attends !


jeudi 2 août 2007

Waitress de retour !

Le 5 juillet dernier, après avoir publié mon dernier texte, un malheur est arrivé. J'ai saoulé mon ordinateur au vin blanc. Je m'attendais à voir une explosion, des flammes, quelque chose après que le liquide alcoolisé se soit répandu. Non. Il a juste éteint. Et n'a plus jamais voulu fonctionner depuis.

Je devais aller magasiner un nouvel ordi avec Jeune Homme, mais l'incompatibilité de nos horaires m'est apparut évidente il y a de cela quelques jours. Je suis donc partie seule, à la conquête de la technologie. Me voilà de retour parmi vous.

Au cours des dernières semaines, j'ai occupé mon temps loin de l'écran. J'ai eu une vie, puisque je n'ai plus qu'un emploi. Je suis reposée, en pleine possession de mes moyens.

Parmi les nombreuses aventures qui me sont arrivées, plusieurs seront à raconter. Voici un résumé :

- J'ai coupé mes cheveux (à la garçonne, et selon le Maiken, c'est joli !)
- J'ai dormi avec une lesbienne à deux reprises
- J'ai fait ma tournette à l'Îsle-aux-Coudres
- J'ai rencontré un p'tit gars qui devrait me téléphoner aujourd'hui...
- J'ai fait copuler des escargots dans ma main droite
- J'ai fait la découverte de la charmante municipalité de Neufchâtel en compagnie de Maiken
- J'ai dormi (une activité des plus palpitantes !)
- J'ai frenché
- J'ai aussi tenté d'apprivoiser une sauterelle naissante, mais trop indiscipliné, je l'ai relâché dans la nature
- Vu quelques groupes en spectacle
- Oublié le Charmant Garçon (bien mieux à faire !!!!)
- Fait de la photo


Bref, moi qui craignais l'apparence d'une solitude angoissante, je me suis retrouvée constamment entourée d'amis, de connaissances, de plaisir, d'alcool, de soleil, de petits bonheurs simples.

Et c'est le début...

mercredi 4 juillet 2007

Waitress du vent

Waitress, assise dans les marches de la cuisine, tard dans la nuit. Charmant Garçon à sa gauche.

Le coeur bat fort et vite, les mains moites. Je parle. Lui dis que je m'attache, que je deviens amoureuse. Que je vois bien que ce n'est pas réciproque, mais j'ai besoin de l'entendre avec sa voix.

Pas d'erreur. Charmant Garçon ne l'aime pas. Il passe un bon moment. Waitress du divertissement, du bonbon qui fait du bien aux hommes.

Son visage dans ses mains, ses yeux qui se détournent des miens, il se sent mal. Pas de larme. Je prends ma douleur, la pousse loin, loin, loin. Peur de sentir mon corps se casser parce que la douleur est solide. Je donne un sourire. Tout petit. Ma main sur son bras.

- C'est correcte, tu sais.

Charmant Garçon dans mon lit. On a fait l'amour. Non. Rendu là, j'appelle ça baiser. On a baisé ensemble, chacun avec son plaisir, sans y mettre beaucoup de coeur. Une couchette froide et rapide pour mieux dormir.

***

Le lendemain, on passe la journée ensemble. Comme si je n'avais rien dit. Suis allée l'aider à terminer la peinture de sa chambre et, en étendant de la couleur liquide, j'ai pensé à Mâle Alpha.

Mâle Alpha qui m'aimait. Que je n'aimais pas. Qui est quand même venu m'aider à peinturer mon nouvel appartement. Le retour du balancier.

***

Plus tard, seule dans mon lit, j'ai crié. Pas trop fort, pour ne pas réveiller les voisins. Juste pour que quelque chose sorte de moi. Est venue une larme. Une seule que j'ai laissé sécher sur ma joue.

On passe à autre chose. Waitress du vent, de la carapace, qui se laisse glisser sans s'accrocher.

mardi 26 juin 2007

De la vie de Waitress

Par un sale soir de novembre, un homme s'assoit au bar, à la gauche de Waitress. Il enfile quelques bières avec elle, en menant la conversation.

Waitress à une autre époque. Celle des cheveux longs, pantalons carottés. Du coeur fragile, de l'imagination débordante.

Elle sent un malaise au contact de l'homme. Ça provient de ses yeux. Un regard froid, pesant, calculateur. Une lueur de démence, comme on en voit parfois en attendant l'autobus. La petite voix qui hurle de partir. Sentiment d'urgence.

Waitress est restée là. Un soir. Deux semaines. Quelques mois. Une année.

Jeune et naïve, elle ne voit rien. De la violence du garçon, du mépris qu'il porte pour elle. Elle le laisse s'installer chez elle. Elle le laisse dicter sa vie.

Ça commence avec une interdiction de fumer à l'intérieur. Puis de boire sa sorte de bière préférée. Puis de fréquenter certaines personnes. Et le bar.

Un après-midi, elle décide quand même d'aller prendre une Boréale Rousse au bar. En cachette, avant de se rendre à l'université. Elle croise ses amis, boit avec eux. Passe un bon moment. Ils s'inquiètent pour elle.

Tout va bien, tout va bien. Je déménage, je retourne à Thetford le mois prochain. Il vient avec moi.

Elle oublie d'aller à l'école. Trop de plaisir. Trop saoule pour y aller aussi. À 22h00, elle ouvre la porte de l'appartement. Y trouve un garçon en colère parce qu'elle marche croche.

- T'es qu'une ostie de conne.
- Arrête de dire ça...
- J'sais pas pourquoi je reste avec toi.
- ...

Sur la joue gauche du revers de la main. Waitress par terre. Lui qui hurle à côté d'elle. Elle pleure. Elle a peur. Elle se lève, encore sur la joue gauche. Lui dit de dormir sur le sofa et elle va se coucher.

Le lendemain, il s'excuse. Il pleure aussi. La jeune femme au grand coeur mou décide de pardonner. Erreur.

À force de l'entendre vomir son mépris sur elle, elle se dit qu'elle est chanceuse. Elle si conne, si folle, si salope, malgré tout, il est là. Et il l'aime. Personne d'autre n'en ferait autant.

Ils se retrouvent dans leur nouvel appartement. Les querelles s'intensifient. Garçon Dérangé assassine Waitress à petit feu. Elle boit de plus en plus. Ne mange plus. Se pète la face du matin au soir.

Un jour, il lui casse une dent. Puis un doigt. Lui lance ses bouteilles de bières. L'étrangle. Lui fracasse la tête contre un mur. Commotion cérébrale. Elle a toujours une explication plausible à fournir aux marques. Ça passe dans le beurre. Sauf le jour où elle se présente au travail avec un oeil de raton-laveur.

Il la contrôle de plus en plus. Lit ses courriels, son journal intime. La frappe pour ce qu'elle y raconte.

Elle a peur. N'arrive pas à appeler la police. Si elle se rend au téléphone, il la frappe avec. Si elle se penche à la fenêtre en appelant au secours, il lui tape plus fort dessus. Elle n'appelle plus à l'aide. Elle se terre dans son petit corps de plus en plus malade.

- J'vais te tuer, câlis de folle.

Elle marche doucement vers lui. Écarte les bras et sourie.

- Vas-y, j'vais cesser d'avoir mal, au moins.

Il est lâche.

Un soir, avec une amie. Une nuit de champignons, d'alcool et de cocaïne. Elle se dit que c'est finit. Qu'il part de chez elle. Que ce n'est pas normal. Que ce n'est pas ça l'amour. Elle tombe trois fois dans les pommes avant de rentrer chez elle, au levé du soleil, en tremblant.

Elle se met nue, il se réveille.

- Avec qui t'as couché, salope.
- Personne. J'étais avec Miss V.
- S't'encore pire, tu m'as trahit.

La dernière fois. Il est parti ensuite. J'ai réussit à le foutre à la porte. Puis, six semaines pour réaliser qu'il me battait. Six semaines pour comprendre que j'avais laissé tout ça m'arriver. Le cercle de la violence toujours plus rapide. Une volée par jour. Pour bien dormir.

Depuis, je rêve de carnage. De sang qui coule. Waitress cassée. Waitress au corps brisé. La rage du garçon a pénétré son coeur. Elle est là, toujours.


à pisser rouge comme une fontaine elle apprit à mesurer l'amour à la douleur du corps oubliait de compter les pulsions du coeur pour comprendre qu'il fallait ralentir le débit

mardi 22 mai 2007

Charmant Garçon, résumé de quelques jours

Comme vous voulez, je vous raconte à propos de Charmant Garçon­ Toutefois, je vous avoue que je suis déçue de constater qu'outre Jiji, personne ne manifeste d'intérêt face à ma vie professionnelle...

Jeudi, Waitress termine sa soirée à l'hôtel. Il est minuit trente, je me suis apportée des vêtements jolis et légèrement sexy dans le but de passer par le bar. Je retouche mon maquillage, ma coiffure et je marche vers la Basse-Ville. Petits papillons dans le ventre. Est-ce qu'il me trouvera stupide si je retourne le voir tout de suite ? Est-ce que j'aurai l'air trop intéressée ? Devant moi, la terrasse, où quelques personnes fument une cigarette. Il n'est pas dehors. J'ouvre la porte, la musique me monte aux oreilles. Hésitation. La porte se referme. Waitress marche vite, vite, vite jusque chez elle.

Froussarde. C'est tout ce que je me répète sur le chemin. Je suis déçue. J'aurais aimé le voir. Tant pis. Je vais me coucher.

O
Vendredi, 19h00. Il me reste 8h30 devant moi avant que mon cadran-singe-hystérique-qui-hurle-dans-la-jungle me dise qu'il faut aller travailler. J'ai les yeux grands ouverts, je n'ai pas sommeil. Je lis un peu, rien à faire, je sourie en pensant à Charmant Garçon. Est-ce qu'il pourrait être au bar ? Je me convaincs que deux verres d'alcool m'aideront sans doute à m'endormir. Je me fais belle. Me dirige vers le quartier St-Rock.
Il n'est pas là. Tant pis, j'ai soif. Je m'assoie au bar, à droite d'un hippie. Poncho, cheveux blonds en queue de cheval, petites lunettes à monture métallique rondes. Il sent la gomme de sapin. Bref, un hippie. Gin tonic. Une fois. Deux fois. Une connaissance s'assoie à ma droite. Gin tonic trois fois. Je termine mon verre et je file. À l'autre bout du comptoir, j'aperçois un ami que je n'ai pas vu depuis plusieurs mois. Me lève et vais lui parler.
Smouck, smouck, becs sur les joues, grosse colle, je suis contente de te voir. Il me raconte qu'il est en amour, qu'il habite la Rive-Sud avec sa nouvelle copine, que tout va bien pour lui. Lorsque je discute avec quelqu'un, je regarde toujours ses yeux. Sans raison, mes yeux se retrouvent à 45 degrés. Il est là. Charmant Garçon a les yeux plantés dans les miens, un sourire aux lèvres. J'essaie de ne pas lui répondre, mais ma bouche ignore ma volonté. Deux secondes passent. Je reviens à mon ami, qui poursuit son histoire. Je n'entends plus rien. Tout ce que je sais, c'est que Charmant Garçon s'est dirigé vers moi, qu'il attend un peu en retrait et que je veux lui parler. Aurevoir vieil ami, à la prochaine.
Charmant Garçon se penche pour m'embrasser sur la joue. Je n'ai pas terminé mon mouvement qui me permettrait de me placer bien face à lui. Il interprète ça comme un refus.
- Ah pardon, tu veux pas.
- Quoi ? Ben oui, je veux, en lui tendant la joue.
- Je peux prendre un verre avec toi ?
- Oui, oui, mes affaires sont là bas.
On décide d'aller sur la terrasse. Il fait froid, je m'en fou. On discute, les yeux dans les yeux, en souriant toujours. On fume des clops ensemble. Je me sens bien. Nos verres sont à secs, il sait que je me lève bientôt pour le travail. Le barman arrive et me demande si je veux autre chose en me donnant des coups de coudes.
- Je sais pas trop, je ne m'endors pas, mais ce serait pas sage.
Je vais voir mon ami WC en y pensant. Retour à l'extérieur, Barman dépose une bouteille de bière devant Charmant Garçon.
- Ben, j'peux-tu t'accompagner pour un dernier verre ?
- Bien sûr.
- Gin tonic.
On boit lentement. Mais nous touchons quand même le fond des verres. Je rassemble mes effets personnels en annonçant mon départ. Il se lève avec moi, nous allons dans des directions opposées.
- J'ai été vraiment nono hier matin.
- Comment ça ?
- Je t'ai donné mon numéro de téléphone, mais j'ai pas pris le tient. Est-ce que tu veux me le donner ?
- As-tu du papier et un crayon ?
Je n'ai pas terminé ma phrase que j'ai un stylo dans les mains.
- Je ne t'aurais pas téléphoné. J'fais pas partie du clan des appleuses.
- Moi non plus. Donnes-moi ton e-mail aussi, si tu veux.
Smouck, smouck, becs sur les joues, un peu trop près des lèvres et qui durent quelques secondes de trop. Aurevoir.
Je n'ai aucune idée du chemin que j'ai emprunté pour rentrer à la maison. Tout ce dont je me souviens, ce sont les papillons, le sourire et le bonheur.
Est-ce que je l'ajoute tout de suite à mon MSN ? Est-ce que j'aurais l'air trop intéressée ? Je le fais, en me souvenant de ma tendance à perdre les bouts de papiers qui traînent dans mes poches.
Je me mets au lit. Incapable de dormir. Je découvre comment les sourires heureux ne sont pas propices au sommeil.
O
Samedi, 4h00 du mat. Je lis mes blogs préférés et mes mails. Il m'a écrit. Pour me dire qu'il est content de m'avoir vu. Qu'il est passé au bar en souhaitant que je sois là. Je lui répond la même chose.
O
Samedi, 18h00. Je rentre chez moi. Je dois aller au party de Jeune Homme qui vient de me téléphoner pour dire que le souper est prêt et qu'on m'attend.
- J'arrive, j'arrive. Juste le temps de me préparer.
Je vais voir mes mails. Il m'a encore écrit. Qu'il serait au bar, au cinq à sept. Qu'est-ce que je fais ? Je suis fatiguée. J'ai besoin de Red Bull. Avec de l'alcool. À moins que j'aille boire une vodka-red bull au bar ? Je saisie le téléphone. Coloc de Jeune Homme répond.
- Désolée, attendez-moi pas pour souper, j'ai pas le temps, j'arrive un peu plus tard.
18h30. Vite, vite, le cinq à sept approche de la fin, faudrait pas le manquer. Je cours vers le bar, il est là. Avec un ami. Zut. Mais non, c'est pas grave, il m'invite avec eux. Son ami parle beaucoup. Beaucoup, beaucoup. Encore plus que moi. Charmant Garçon me regarde. Je le regarde. On sourit. Aucune idée de ce que l'Autre dit, j'écoute à peine. Termine mon deuxième verre, je me sauve festoyer en courant.
O
Dimanche, 13h00. Je reviens chez moi, après une nuit de débauche totale en pleurant parce que je dois me préparer pour le travail. Première chose que je fais : Vérifier mes mails.
Un autre message. Où il me demande si je serais passé au bar s'il ne m'aurait pas dit qu'il y serait. Hésitation devant la réponce. La vérité ou pas ? Est-ce que je désire qu'il sache que j'avais envie de le voir, ou bien je mets le tout sur le compte du hasard ? Je décide d'être franche.
Demain, je vois Charmant Garçon. Seule. On s'organise un souper, chez moi. Je sais, je sais, il aurait fallu choisir un lieu neutre, mais j'y avais pensé et il l'a aussi proposé. J'ai besoin de vous.
D'abord, cette nuit, il faut que tout le monde accroche une paire de bobette propre à sa corde à linge. Et la nuit prochaine également. Ça me porte bonheur, et on serait en train de créer un nouveau mouvement de solidarité.
Ensuite, je me demande quoi mettre au menu. Il faut réfléchir au fait que je vais sûrement vouloir l'embrasser à la fin du repas. Ail, oignon et moules sont donc proscrites. J'aurai des fromages, un gros fruit pour désert (ananas, papaye ou autre, selon les prix au supermarché). J'ai pensé aux avocats farcis en accompagnement. Mais le reste ? Suggestions !!!!!!
Troisième point. Je m'habille comment ? Pantalon ? Jupe au tissu doux doux doux ? Décolleter ou pas ? En noir ou en couleur ? Cheveux remontés ou détachés ?
Tout ce que je veux, c'est une belle soirée. Peut-être un dodo collé ensuite. J'espère aussi avoir pleins de trucs à raconter. S'il fallait que je ne sache plus quoi dire après quelques heures ? Et si je rate le repas ?
S'il-vous-plaît, on n'oublie pas les bobettes sur la corde à linge !

jeudi 17 mai 2007

Petits papillons (petits, petits)

Constatant que je me mène une vie rangée quant aux garçons, une amie s'est mise en tête de me présenter un de ses copains en manque de sexe. Je comprends pourquoi elle y tient tant. Gars-en-Manque aimerait coucher avec Copine. Copine aimerait coucher avec Gars-en-manque. Mais elle est en couple. Donc, en m'insérant entre eux deux, elle croit qu'elle saura se retenir. Belle tactique. Et c'est ainsi qu'elle m'a donnée rendez-vous hier, au bar.

Dehors, il fait gris. Je m'habille en mois de mai, ce qui signifie pas chaudement. Je ne tarde pas de constater que mes souliers ballerines sont plus ou moins de circonstance. Je marche quand même vers le bar; impossible de reculer, sinon on pourrait me reprocher mon retard. "C'est l'été, c'est l'été", que je ne cesse de me répéter. Le pouvoir de la pensée est sans fin, je me sens envahit d'une douce chaleur qui m'aide à me rendre à destination sans claquer des dents. Les mains bleues, je pousse la porte.

17h59. Je m'installe au comptoir. Gin tonic. Que je sirote en me disant à quel point je me transforme en une personne fade; je deviens raisonnable et ponctuelle, une calamité. Je me tape une conversation ennuyeuse à propos du travail d'un quinquagénaire ennuyeux qui se tient à ma droite. Tout en louchant sur la porte, souhaitant voir apparaître Copine. Elle tarde, je dois discuter avec l'autre.

Arrive Monsieur Patate. Il demande si la place à ma gauche est libre.
- Si vous êtes riche, bien sûr.

J'ai pu analyser son portefeuille en le voyant s'asseoir deux bancs plus loin.

Copine se pointe avec trente minutes de retard. Seule. Smouck, smouck, becs sur les joues, grosses colles, elle me dit que Gars-en-Manque débarquera bientôt. Plutôt présente pour passer du temps avec elle, j'ai tout de même hâte de voir. Monsieur Patate parle avec moi, on se fait un petit speed dating; chacun notre tour, nous racontons les grandes lignes de notre existence en deux minutes, suivies d'une période de question de trente secondes. On rigole un peu, mais il s'est disqualifié avec son: "Monsieur Patate, trente-quatre ans, célibataire". Reste que j'ai du plaisir, il est drôle et sympathique. Il quitte le bar en me demandant un rendez-vous, que je ne lui accorde pas en passant par la bande: "On va sans doute se revoir ici, je viens souvent et toi aussi. Laissons le hasard travailler".

Arrive Gars-en-Manque. Waitress de constater qu'il a plus de trente ans (Non, mais ! Vous êtes vraiment beaucoup de cette génération à chercher amour et sexe dans les bars !) et même s'il parait bien, il perd toutes chances de finir dans mon lit. Timide, il me parle peu; il dépose son regard dans le décolleté de Copine afin de se donner contenance.

Après son départ, Copine fait son enquête:
- Pis, comment tu le trouves ?
- Ben... j'sais pas, il ne me disait rien, il était trop occupé à te manger des yeux.
- Pour vrai ? Tu crois que je l'intéresse ?
- C'est assez évident.
- Mais il t'a trouvé de son goût.
- J'crois pas, il ne me regardait même pas.
- Il arrêtait pas de loucher vers toi.
- Pour vrai ? On appelle ça être subtil.
- C'est toi qui te virais de bord pour radoter avec les autres.
- Ah.

Je sors fumer une cigarette. Je bavarde avec les gens qui entretiennent leur cancer autour de moi. Dont un charmant garçon.

- T'es venue visité mon appartement, toi ?
- Eh. Peut-être. Disons que j'en ai vu plusieurs. T'habites où ?
- À Limoilou.
- Oui, oui, oui ! Je me souviens de toi.

Le premier appartement que j'ai visité, en mars dernier, était le sien. Puisqu'il m'a déjà accueillis chez lui, nous nous considérons vite comme des intimes.

Copine rentre dormir vers 22h00. J'ai un gin tonic encore plein devant moi, je choisie de rester. Je termine mon verre et je file aussi. Charmant Garçon est assis à mes côtés. Par politesse, je converse avec lui, à propos de son travail, ses intérêts, ses études. Gentil. Une certaine douceur émane de lui, lorsqu'il sourit, j'ai l'impression que le fond de son regard participe au mouvement de ses lèvres. En revenant de visiter mon ami WC, un nouveau verre m'attend, tandis que le propriétaire m'offre un shooter.

À 2h30, je suis toujours là, à discuter avec Charmant Garçon. Je me sens bien, il est agréable et joli. Nous nous faisons maintenant face, nos corps se frôlent souvent, un sourire au visage, on ne se lâche plus des yeux. Il m'offre d'aller voir ce qui se passe à la Cuisine après nos verres. J'accepte. Aurevoir à tout le monde, on paie nos bills qui sont énormes.

Dans le froid et la pluie de mai, nous marchons côte à côte. Bien entendu, la Cuisine est fermée. Mercredi soir, normal. Mon regard plonge dans les yeux de Charmant Garçon qui s'approche pour m'embrasser. Ses lèvres sont douces, chaude sur ma bouche.

- Veux-tu venir chez moi ou on va chez toi, Waitress ?
- ...
- ...
- Ben, j'ai pas l'habite de ramener chez moi un gars le premier soir.
- On peut juste dormir collé.
- Accepté. Mais à condition que tu t'attendes à rien d'autre.
- Ça me va.

Dans mon lit, nos pieds sont congelés. On rit, on s'embrasse, on se réchauffe ensemble. Ses lèvres sur mes lèvres. Sur mes joues. Dans mon cou, dans mon dos. Sa peau est douce contre la mienne, il sent bon. Tout mon corps frissonne, le sien aussi. Je finis par lui demander d'arrêter. J'ai envie de coucher avec lui, mais je préfère m'abstenir. Ça le fait rire. Il ressemble à un enfant heureux, il est beau. On s'endort en cuillère. Sommeil paisible.

Ce matin, pas de gêne. On parle encore, on rit ensemble. Je partage le premier café avec lui avant son départ. Le taxi arrive devant la porte. Il me dit qu'il travaille au bar ce soir. Me donne son numéro de téléphone. Merci pour la soirée, becs sur les joues, il franchit la porte.

Je me sens bien. Et je me demande si j'irai boire un verre après le travail. Si un jour j'oserai lui téléphoner. Je ne fais pas partie du clan des "appleuses". Trop timide. Waitress est une poule mouillée, faut pas l'oublier.

mercredi 16 mai 2007

Montréal, part II

Les heures de la journée se sont écoulées doucement. Nous marchons un peu partout dans la ville, furetant à gauche et à droite. Un petit café ici, une bière là. J'ai demandé à visiter la bibliothèque nationale, question de voir comment mon argent a été investi. C'est un superbe endroit. Moi, maniaque de livres, donc de librairies et de bibliothèques, je peux dire que c'est la plus belle que j'ai vu. Tellement immense, la lumières du soleil qui entre de partout à la fois... Bel arrêt.


Il y avait longtemps que je n'avais pas passé une journée avec l'Ex. Compagnie agréable, il jase sans arrêt, comme moi. De temps en temps, je sens son bras autour de mes hanches. Je ne fais rien pour m'éloigner. Moi-même, je lui parle et mes mains le touche sans que je m'en aperçoive. Éclats de rire, nos yeux sont brillants. Son parfum n'a pas changé, toujours cette odeur d'ambre qui s'accroche longtemps à mes vêtements. Notre attitude n'a aucune différence par rapport à celle que nous avions du temps où nous formions un couple. Un peu platonique à l'époque, aujourd'hui, ça crée une drôle d'émotion en moi. Je me sens bien. En accord avec l'univers.


En début d'après-midi, nos pieds montent jusqu'au Mont-Royal où les se font bronzer en écoutant les tams-tams. Mll Y nous y rejoint. Becs sur les joues, grosses colles, tout le monde est heureux de se retrouver, l'excitation monte encore. Étendu dans l'herbe, nous faisons la salamandre joyeuse. Une chose est fantastique avec Mll Y. On ne se voit pas souvent, mais chaque fois, j'ai l'impression de reprendre une conversation que nous aurions abandonnée la veille. Comme si on ne s'était pas quittée plus de quelques heures auparavant, alors que le temps se calcule en semaines.


Mll Y doit quitter, on se donne rendez-vous à 18h00 à l'arèna. L'Ex et moi profitons encore un peu de l'endroit, question de se reposer et d'accentuer mon coup de soleil. Nous discutons, j'aurais envie de me coller à lui, mais je me retiens. On décide de se trouver une terrasse où manger en buvant une bière. On passe devant un bar sur St-Denis. Un ami de l'Ex y travaille, il nous offre un verre. Belle rencontre, garçon sympathique. On sort de là en convenant qu'un falafelle fera l'affaire avant de partir.


On sort du Métro Viau. Les vendeurs de billets sont là. Devant les portes de l'arèna, une longue file attend l'ouverture. Pas de Mll Y. Nous allons voir Ginette, qui est juste à côté, pour lui laisser la garde de nos sacs et nous changer. J'enfile mon chandail rayé noir et blanc, celui qui s'agence avec mes bas, à la vue de tous grâce à mes souliers ballerines. J'appelle ça faire un effort vestimentaire monumental. Rien de trop beau pour Arcade Fire.

En moins de cinq minutes, nous sommes à l'intérieur, un peu triste de n'avoir pu faire le plein de nicotine. Il sera impossible de sortir de là avant la fin de la première partie, ce qui signifie trois heures à traverser en buvant de la bière et en état d'excitation totale. L'ex trouve une place tout près de la scène, assez éloignée pour avoir une vue d'ensemble, mais assez près pour remarquer les détails. On se commande de la bière et nous attendons. Mll Y tarde à arriver avec ses amis, je commence à être inquiète. Les gradins se remplissent, la foule derrière nous s'épaissit. Finalement, ils arrivent. Bla bla bla, attente éternelle. 20h00 arrive. Surprise, je constate que les lumières s'éteignent déjà. Quoi ? Un show qui ne commence pas en retard !






J'ai oublié le nom du groupe de la première partie. C'était assez étrange, mais intéressant. La chanteuse était étonnante, une virtuose de la guitare qui faisait aussi la bass drum et les backs vocals. Par contre, ses musiciens étaient fades à côté d'elle. Mais on s'en fou. Tout le monde écoute en ne pensant qu'à Arcade Fire qui sera là bientôt.






La lumière revient, on se dépêche à sortir fumer une, deux cigarettes. On rachète de la bière. Qu'on boit à grandes gorgées, pour faire passer le temps, mais surtout pour ne pas être pris avec un verre plein à la main lorsque la musique commencera.


Et c'est parti. Là noirceur envahit l'arèna, le groupe arrive sur scène. Ça hurle partout, je saute et tape des mains. C'est la partie difficile de mon histoire. Comment décrire tout ce qui s'est passé à partir de cet instant ?


J'ai serré la main de Mll Y à ma droite, de l'Ex à ma gauche en demandant si c'était pour vrai. Si je faisais encore parti du réel.


Le décors, les éclairages étaient magnifiques. Des images étaient projetées sur le rideau au fond de la scène, le logo de l'album Neon Bible y apparaissait, de même que des images filmées en directe du spectacles. Arcade Fire. Ils étaient tellement beaux à voir ensemble, si intense, comme s'ils jouaient une dernière fois avant de mourir. Les voix, la musique, tout était juste. D'entendre les coeurs, de voir leurs visages pleins d'émotions, de deviner leur plaisir d'être là, devant nous, c'était magique. Régine était si belle à voir, à danser, sauter partout, comme une enfant heureuse. Les violonistes, une sexy qui danse, ses cuisses musclées qui bougent au rythme des chansons, l'autre qui chante à sa droite, presqu'au bord des larmes. Les échanges d'instruments, Win Butler qui passe de la guitare au piano, du piano à l'orgue, Régine à la batterie, Régine à l'accordéon puis au piano. La foule qui danse, qui chante, sourire aux lèvres, les yeux mouillés, les mains qui se serrent partout. C'était un bel échange entre la scène et les spectateurs. J'ai entendu toutes les chansons que j'espérais, j'ai chanté chaque parole que je connaissais. Une heure et demi qui a passé si vite, si vite. Je ne pensais à rien, j'étais juste là parmi les autres, avec les autres.






Une fois dehors, nous étions plantés en cercle, en fumant une cigarette. Personne ne parlait, notre sentiment mystique ne se transmettait que par les yeux. Plusieurs minutes se sont ainsi écoulés rempli d'un silence pourtant riche de signification. J'ai dû prendre trois quart d'heure pour décanter avant de partir le moteur de ma voiture. L'Ex partageait le même sentiment que moi. C'était le show de notre vie.






Lundi, au travail, j'avais encore la tête pleine de leur musique et de leur voix. Je ne parlais pratiquement pas, je me contentais de sourire et de soupirer, le coeur léger.



O



Merci à Mll Y et à l'Ex qui m'ont accompagnée dans cette journée, la plus belle depuis très longtemps.

mardi 15 mai 2007

Montréal, part 1

Dimanche, 4h15. Il est si tôt que le ciel n'a pas commencé à bleuir. Un singe hystérique hurle sur la table de chevet. L'Ex s'assoit dans le lit en me donnant un coup de coude. C'est l'heure.


Je me rends jusqu'à la cafetière et entreprend de la mettre en fonction. Je compte les cuillères de café moulu qui atterrissent dans le panier, 1-2-3-4, voyons j'en mets partout, 2-3-4-5.


- Waitress, ce serait pas plus facile si tu allumais la lumière ?

- Non, non, non. 4-4-5-6-7.

- Va prendre ta douche, je m'occupe de préparer le petit déjeuner.


L'eau chaude ruisselle sur mon corps. Je tente de fixer ma pensée sur des trucs simples comme: Comment je m'habille aujourd'hui ? ou encore: Faut que j'appelle Maman pour lui souhaiter une bonne fête des mères. L'épuisement entraîne la non-cohérence de ma pensée. Elle part dans toutes les directions à la fois, sans que je puisse la maîtriser, mon cerveau fabrique des rêves malgré que je sois debout, en train de laver mes cheveux. J'ai fait de l'insomnie la veille, une jolie nuit de 1h30 avant d'aller au travail. Au retour, j'ai tenté sans succès de faire un somme. Et là, je fais la tourniquet après 3h00 de sommeil. Acheter du Red Bull au dépanneur.


À la cuisine, un énorme café, avec beaucoup de lait et un peu de sucre, m'attend sur le comptoir. L'Ex a une mémoire de poisson rouge. Surprise, je constate qu'il se souvient de mes goûts. Je grille des toasts avec un support à la linge, on met la table et nous attaquons le petit déjeuner. Dehors, des oiseaux chantent, à l'est le ciel pâlit.


Je consulte une dernière fois la carte de Montréal pour me donner une idée du chemin à faire une fois le tunnel traversé. La nervosité augmente, je suis complètement éveillée.


Les bagages dans la voiture, je vérifie encore quatre fois que la présence des billets dans mon sac. Je prends le soin d'apporter mes papiers du CAA et ceux de mes assurances. Pas de chances à prendre. En route pour le poste à gaz, Ginette a soif. 40 balles dans le réservoir, du Red Bull et des cigarettes à profusion. Nous sommes prêts.


Et comme Jean Charet, je constate que j'ai oublié un truc. Mon calepin de téléphone, qui contient le numéro de Mll Y, que je dois appeler pour un rendez-vous au Mont-Royal en après-midi.


À 6h30, l'Ex, Ginette et moi traversons le pont. C'est parti­. Mon copilote allume mes cigarettes, me flatte la cuisse lorsque j'ai la mâchoire crispée, les jointures blanches.


Première constatation: Si je ne surveille pas le compteur, je roule entre 130 et 140 kilomètres à l'heure. Bref, l'autoroute, c'est agréable et facile. Je dépasse tout le monde, il y a peu de gens sur la route, le soleil est là. Je me calme au fur et à mesure que la voiture s'éloigne de Québec.


Je m'apprête à dépasser une automobile rouge. Lorsque j'arrive à la hauteur du conducteur, celui-ci décide d'aller voir ce qui se passe sur la voie de gauche. Peut-être que le paysage y est plus coquet ? Mon klaxon ne fonctionne pas. Panique, panique, ma tête va vite, je sais qu'il ne faut pas donner de coup de volant, surtout à la vitesse à laquelle je roule. J'appuie doucement sur les freins en me déplaçant vers l'accotement. J'ai peut-être hurlé en même temps, allez savoir. Conducteur fou réalise que je suis là, il retourne à droite, je le dépasse à toute allure, pour être certaine de ne plus avoir affaire à lui. L'Ex prend soin de lui envoyer un superbe finger de ma part. Un bon copilote.


Au loin, j'entrevois des montagnes. Puis le mât du stade olympique. À mesure que Ginette approche de Montréal, je suis de plus en plus nerveuse. Bien vite, mes mains tremblent sur le volant, des spasmes incontrôlables saisissent mes cuisses. Je prends de grandes respirations, crispent tous mes muscles. Ainsi, plus rien ne tremble. Sans m'en apercevoir, je roule dans le tunnel. Je commence à capoter.


- Waitress, calmes-toi, on est déjà au tunnel, ça va super bien.

- Ben oui, ben oui, on est au tunnel, mais en sortant de là, c'est parce qu'on va être DANS Montréal !

- Le monde se lève tard ici, y'aura pas un chat sur le chemin, tu vas voir.


Comme de fait, l'Ex avait raison. Une fois sur Sherbrooke, j'ai croisé environs 7 autos. Les doigts dans le nez. Piece of cake. À 9h30, j'ai coupé le contact; Ginette se tenait bien droite, déjà prête à sortir du stationnement à côté de l'aréna Maurice-Richard.


Je sorts dehors, en sautant et en tapant des mains, fière de moi. J'ai changé de vêtements, puisque ceux que je portais étaient complètement trempés. À partir de ce moment, j'ai pu me concentré sur l'excitation qui me gagnait. Le show commencerait dans 10h30. Décompte amorcé.

mercredi 9 mai 2007

Solitude


4h30 du mat, je ne sais trop de quoi vous parlez. Tout va tellement vite dans ma tête. Encore une nuit de débauche, encore une nuit à donner mon numéro de téléphone à des gens qui n'appelleront jamais.


C'est un truc qui me fait chier. Et je joue le même jeu pourtant. Pourquoi est-ce que je donne mes coordonnées à quelqu'un qui n'en a rien à foutre et qui agit par pure politesse ? Pourquoi je mets des bouts de papier dans mon sac en disant "Je t'appelle vendredi prochain pour telle soirée à tel bar " ? Les gens sont tout simplement incapable de se dire que non, ça ne nous intéresse pas, on préfère la game, la putain de game que j'avoue tant adorer. La politesse. Nos parents nous ont bien élevés.


Demain, je vais appeler Équipier. Et je sais qu'il aura une excuse toute prête pour me dire qu'il ne sera pas des nôtres. Pendant ce temps là, j'aurai mis mon apppart en ordre complet, je me serai fait belle. Pour rien. À moins que Maiken se soit décidé à venir, mais mon intuition me porte à croire qu'il n'y sera pas.


Désolée, Waitress la toujours joviale et positive est un peu en mode depress. Peut-être parce qu'un ami qu'elle aime bien l'a réveillé au téléphone cet après-midi et qu'une chicane complètement stupide s'en est suivie. Et que je me sens mal à l'aise. Je sais que j'aurais dont dû fermer ma yeule. Dire des "non c'est pas grave" comme je fais toujours. Mais non. J'ai dit que je n'aime pas qu'on me mente en pleine face. Résultat ? Mon ami me boude parce que je l'ai traité de menteur !!!!!!! Bordel que les gens sont compliqués. Ça m'énerve, quelqu'un qui n'assume pas ses actes et qui te fait feeler cheap lorsque tu lui fais remarquer !


Criss que les gens sont compliqués. Vive les îles désertes à certains moments !

lundi 7 mai 2007

Les aimants

Lundi soir, dernier jour de travail. Le week-end débutera à 23h00. Au cours de la soirée, je saisie le téléphone pour parler à Jeune Homme.

- Heil tu veux venir me rejoindre au bar ? On pourrait faire de la terrasse...
- Mouais, ça serait une idée. Je vais invité Réceptionniste.
- Coooooooool !
- Heil Pierrot Lapin a écrit un message à propos de tits fucking sur mon blog. Je l'ai effacé.
- Non ! Ya fait ça aussi sur le mien, mais je lui ai dit que le tits fucking était pas mon unique but dans la vie.

À ce moment, mon collègue de travail, un homme de cinquante ans, lève un sourcil.

- Oups, scuse moi, j'crois que Pinch Coworker est en train de s'étouffer à côté.
- Bon, bin rappelle-moi en finissant, Waitress.

23h47, Waitress se pointe au bar. En premier. Oui, oui, je suis arrivée en avance. Pour la première et dernière fois de ma vie. Je me commande un verre au bar.

- Heil salut !

Un joli garçon assis au comptoir me regarde.

- Allô. Ça va bien ?
- Moi c'est Louis.
- Enchantée, Waitress, en tendant la main vers lui.

Louis tente de lever son verre pour tchintchiner avec moi.

- Pas tout suite, j'ai rien à boire !

Mon gin tonic se pointe.

- Ok, on trinque ensemble, mais avant, tu enlèves ton manteau.

Et Louis de s'exécuter. J'adore voir les hommes faire ce que je demande, en particulier lorsque c'est complètement stupide.

- Santé, Louis ! Bonne soirée.

Jeune Homme finit par me rejoindre sur la terrasse, juste au bon moment pour m'éviter une longue et ennuyeuse conversation avec un quinquagénaire que je connais un peu. Bla bla bla, on jase, il me raconte ses dernières frustrations, me recommande de ne pas coucher avec Équipier mercredi prochain, ne me croit pas lorsque je lui affirme en toute sincérité que le but n'est pas là.

- Don't fuck the pay roll, ma belle.
- Je sais, j'suis pas du genre à faire ça.
- (!&*/"*&/*&/ (Jeune Homme s'étouffe avec une gorgée de Jack 7'up).

Au loin, titubant sur le trottoir, j'aperçois un autre collègue de travail (on est beaucoup dans mon hôtel, c'est normal que je vois toujours quelqu'un quelque part). Je lève un bras en l'air en criant son nom. Il s'installe à notre table.

Ouf. Collègue #38 a commencé sa soirée tôt. C'est la quatrième fois qu'il nous raconte qu'il s'est réveillé ce matin.

- Non ! Encore ? (J'peux pas m'en empêcher, mais il ne remarque rien. Heureusement, Jeune Homme rit avec moi).

Ça fait maintenant trois fois que je lui demande quelle sorte de drogue il a pris au cours de la soirée, parce que je suis incapable de comprendre comment il peut être mêlé à ce point. Chaque fois, il répond qu'il s'en va faire le party tout seul chez lui. Humm.

Le barman se pointe et m'appelle par mon nom pour me dire qu'un shooter m'attend à côté de Louis. J'entre, bois le verre, dis merci et retourne sur la terrasse. Quoi ? C'est pas parce que tu me paies à boire que je vais t'écouter parler ensuite !

Retour à l'extérieur. Jeune Homme entre dans le bar, chercher un autre verre et faire un tour à l'urinoir.

- Tu sais Waitress, tu m'intéresses vraiment. Et je suis gêné.
- Eh ben. Pourtant, j'pense pas être particulièrement intimidante, tsé.

Retour de Jeune Homme. Notez que Collègue #38 prend un temps fou à enligner assez de mots pour former une phrase complète. Et il continue son discourt:

- Je suis heureux. Et amoureux.
- Oui. De la vie, hein ! de répondre Waitress.

Fin de la conversation. À partir de ce moment, Collègue #38 est complètement écarté de la conversation, même incapable de nous regarder. Sa seule interaction consistait à lâcher de temps en temps:

- Vous vous aimez vous deux, ça parait.

Lorsqu'il quitte la terrasse, Jeune Homme et moi-même décidons de concert qu'il est préférable de le reconduire jusque chez lui. Collègue #38 de protester. Waitress craint qu'il n'entre en collision avec une borne fontaine et devienne ainsi stérile. Ma grande compassion fait en sorte que je considère comme un devoir de le raccompagner.

Long voyage pour n'arriver que trois coins de rue plus loin. Après avoir débarré sa porte, j'entre dans sa salle de bain (soyez pas inquiets, elle est propre). Ressors de là et Jeune Homme me tire presque par le chandail pour me faire retourner chez moi. Collègue #38 se tient près de la porte, une guitare au cou. Aurevoir, pas de bec sur les joues, on s'en va. Mon intuition me pousse à courir pour être hors de porté de vue de Collègue #38 si jamais il sort pour nous suivre.

- Tu sais pas ce qu'il m'a dit pendant que tu étais à la salle de bain ?
- Quoi ?
- Il m'a demandé si c'était le temps de te dire qu'il était amoureux fou.
- ...
- J'lui ai conseillé de plutôt t'inviter à prendre une bière la prochaine fois qu'il te verrait à job.
- ...
- Tu iras pas, hein ?
- ...
- Non, ça c'est le genre de gars qui va t'appeler la nuit juste pour te parler.
-...
- ...
- Tu viens prendre une dernière bière chez moi, Jeune Homme ?
- Ah non, j'suis trop fatigué.

O
Je me demande... Pourquoi j'attire juste les fuckés, les vieux et les alcolos drogués dans la vie ? Si Maiken serait encore de ce monde, je pourrais lui demander une réponse toute psychologique de la question. Mais il gambade dans les terres froides du Nord où l'internet ne semble pas exister. Quelqu'un d'autre a une explication ?

dimanche 6 mai 2007

De la féminité de Waitress

Waitress au travail, en équipe avec un joli garçon. Soirée ennuyeuse, le téléphone ne sonne pas. Qu'arrive-t-il dans ces moments là ? Je jase, je fume, je fais et dis des conneries.

Au cours de la conversation, j'avance le fait que j'aimerais organiser un souper chez moi mercredi soir (JH, ceci est une invitation !). Mes yeux se posent sur l'horaire de la semaine. Équipier est aussi en congé.

- Aimerais-tu te retrouvé autour de ma table ?
- Humm. J'ai du karaté mercredi soir.
- Ah. Tu sais pas ce que tu manques. Ça finit à quelle heure ?
- J'pars de là vers 21h00.
- Ben. C'est pas trop tard, si jamais ça t'intéresse.
- C'est vrai. T'as juste à m'appeler. Ça me prendrait cinq minutes en vélo (Équipier est très sportif...).

Donc, il y a de fortes chances qu'il soit là. Chez moi. Lui.

Je suis déjà en train de crouler sous la pression. D'abord, faudra que le menu soit fantastique et le vin merveilleux. Ensuite, que je sois en beauté, parce que le but est de lui plaire, bien sûr. Pour une fois qu'il me verra sans mon éternelle queue de cheval pleine de mottons et sans cravate rouge, les défauts seront non admis. Sans oublier mon appart, qui devra être nickel. Équipier semble être un homme du genre très, très propre, donc pas de poussière sur la bibliothèque. Et il faut que je me trouve une belle nappe, la mienne est affreuse et trop tachée de vin.

Mais ce n'est pas tout. Équipier, de par la nature de son nom, est un collègue de travail. Ce qui signifie que si l'envie de l'embrasser me prend après quelques verres, faudra absolument la réprimer. Et si c'est lui qui me fait des avances ? Nha, j'crois pas.

Alors. La question du jour: Comment je m'habille mercredi soir ?