Par un sale soir de novembre, un homme s'assoit au bar, à la gauche de Waitress. Il enfile quelques bières avec elle, en menant la conversation.
Waitress à une autre époque. Celle des cheveux longs, pantalons carottés. Du coeur fragile, de l'imagination débordante.
Elle sent un malaise au contact de l'homme. Ça provient de ses yeux. Un regard froid, pesant, calculateur. Une lueur de démence, comme on en voit parfois en attendant l'autobus. La petite voix qui hurle de partir. Sentiment d'urgence.
Waitress est restée là. Un soir. Deux semaines. Quelques mois. Une année.
Jeune et naïve, elle ne voit rien. De la violence du garçon, du mépris qu'il porte pour elle. Elle le laisse s'installer chez elle. Elle le laisse dicter sa vie.
Ça commence avec une interdiction de fumer à l'intérieur. Puis de boire sa sorte de bière préférée. Puis de fréquenter certaines personnes. Et le bar.
Un après-midi, elle décide quand même d'aller prendre une Boréale Rousse au bar. En cachette, avant de se rendre à l'université. Elle croise ses amis, boit avec eux. Passe un bon moment. Ils s'inquiètent pour elle.
Tout va bien, tout va bien. Je déménage, je retourne à Thetford le mois prochain. Il vient avec moi.
Elle oublie d'aller à l'école. Trop de plaisir. Trop saoule pour y aller aussi. À 22h00, elle ouvre la porte de l'appartement. Y trouve un garçon en colère parce qu'elle marche croche.
- T'es qu'une ostie de conne.
- Arrête de dire ça...
- J'sais pas pourquoi je reste avec toi.
- ...
Sur la joue gauche du revers de la main. Waitress par terre. Lui qui hurle à côté d'elle. Elle pleure. Elle a peur. Elle se lève, encore sur la joue gauche. Lui dit de dormir sur le sofa et elle va se coucher.
Le lendemain, il s'excuse. Il pleure aussi. La jeune femme au grand coeur mou décide de pardonner. Erreur.
À force de l'entendre vomir son mépris sur elle, elle se dit qu'elle est chanceuse. Elle si conne, si folle, si salope, malgré tout, il est là. Et il l'aime. Personne d'autre n'en ferait autant.
Ils se retrouvent dans leur nouvel appartement. Les querelles s'intensifient. Garçon Dérangé assassine Waitress à petit feu. Elle boit de plus en plus. Ne mange plus. Se pète la face du matin au soir.
Un jour, il lui casse une dent. Puis un doigt. Lui lance ses bouteilles de bières. L'étrangle. Lui fracasse la tête contre un mur. Commotion cérébrale. Elle a toujours une explication plausible à fournir aux marques. Ça passe dans le beurre. Sauf le jour où elle se présente au travail avec un oeil de raton-laveur.
Il la contrôle de plus en plus. Lit ses courriels, son journal intime. La frappe pour ce qu'elle y raconte.
Elle a peur. N'arrive pas à appeler la police. Si elle se rend au téléphone, il la frappe avec. Si elle se penche à la fenêtre en appelant au secours, il lui tape plus fort dessus. Elle n'appelle plus à l'aide. Elle se terre dans son petit corps de plus en plus malade.
- J'vais te tuer, câlis de folle.
Elle marche doucement vers lui. Écarte les bras et sourie.
- Vas-y, j'vais cesser d'avoir mal, au moins.
Il est lâche.
Un soir, avec une amie. Une nuit de champignons, d'alcool et de cocaïne. Elle se dit que c'est finit. Qu'il part de chez elle. Que ce n'est pas normal. Que ce n'est pas ça l'amour. Elle tombe trois fois dans les pommes avant de rentrer chez elle, au levé du soleil, en tremblant.
Elle se met nue, il se réveille.
- Avec qui t'as couché, salope.
- Personne. J'étais avec Miss V.
- S't'encore pire, tu m'as trahit.
La dernière fois. Il est parti ensuite. J'ai réussit à le foutre à la porte. Puis, six semaines pour réaliser qu'il me battait. Six semaines pour comprendre que j'avais laissé tout ça m'arriver. Le cercle de la violence toujours plus rapide. Une volée par jour. Pour bien dormir.
Depuis, je rêve de carnage. De sang qui coule. Waitress cassée. Waitress au corps brisé. La rage du garçon a pénétré son coeur. Elle est là, toujours.
à pisser rouge comme une fontaine elle apprit à mesurer l'amour à la douleur du corps oubliait de compter les pulsions du coeur pour comprendre qu'il fallait ralentir le débit
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mardi 26 juin 2007
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