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jeudi 22 novembre 2007

De l'art du courtisage

Un jour, Dieu créa le monde, puis les êtres humains. Comme la beauté, la classe et le respect furent distribués au hasard.

*

Il est 11h00. J'allume le néon "ouvert" dans la porte du restaurant. Deux hommes d'une cinquantaine d'années entrent et s'assoient au bar. Visages burinés, larges mains aux ongles noirs et vestes à carreaux. Sans doute des travailleurs manuels.

Deux cafés. Je fais couler un silex, apporte les tasses. Au bout de quelques minutes, je reviens avec la cafetière, propose un réchaud.

- Si tu veux me réchauffer, tu peux t'asseoir sur mes genoux.

Waitress se contente de soulever le sourcil droit et vire de bord.

- Heil Menou ! Tu veux me faire payer maintenant, Menou ?

Mouais. Menou t'amène la facture, tu vas crisser ton camp plus vite.

*
Dans ma section, un client régulier. Il passe environs deux midis par semaine avec moi. Un homme en complet, fin quarantaine, bon sens de l'humour. Sauf lorsqu'il boit. Ce qui est le cas aujourd'hui. Il en est à son septième verre de vin lorsque je lui apporte l'addition. Une maladresse de ma part et je fais tomber un panier de crèmettes à café. Je me penche, ramasse le tout en m'excusant.
- Ça mérite une fessée ça, ma belle.
Je me relève et le regarde d'un oeil mauvais. Patron qui entend tout.
- Attention, je donne droit à mes serveuses de frapper les clients non-respectueux.
- Ça me plaît, ça me plaît, la fessée mutuelle.
*
Au bar, un autre régulier. Il a appris que je suis célibataire. Chaque fois que je me retrouve derrière le comptoir pour couler une bière en fût ou un allongé, il me crie son numéro de téléphone. 555-5052. Lâche pas, mon homme.
*
À la 18, deux hommes lunchent ensemble. Professeurs à l'université Laval en science politique. Après deux pintes de bière et trois verres de vin chacun, ils passent au Calvados. Monsieur au foulard rouge ne peut s'empêcher de me flatter le bras lorsque je vais à leur table. Et même si je me tasse, il recommence. Me pose des questions sur mes études. Je raconte que j'ai dû mettre fin à mon Bac après une pénurie d'argent, que j'aimerais peut-être retourner sur les bancs d'école.
- Ça te prend un sugar dady, quelqu'un comme moi.
Humm. Pas certaine.
À la machine Intérac pour son paiement, il me prend par les hanches, me colle ses lèvres sur la joues et me serre contre son corps. Beurk.
*
Un dîné payant pour la Waitress, oui. Mais deux heures un peu moches, quand même. Heureusement, il existe sans doute des gens timides parmi mes clients...

vendredi 9 novembre 2007

Friday night fever

Depuis que je travaille au bistro, il existe la tradition du vendredi. Le seul soir (ou presque...) où je me permets de me péter la face sans remord, sans appréhension par rapport au lendemain.

Vendredi dernier, j'ai eu du plaisir. Comme tout le temps. Même si en cours de conversation avec Copine, je me suis sentie un peu moche. Pourquoi ? Simplement parce que j'ai réalisé que je profitais mal de mon célibat. Depuis la dernière année et demie, peu d'homme se sont retrouvés dans mon lit. Comme je me suis ramassée dans celui de bien peu de garçons. Toutes histoires ayant été racontée ici, je me considère comme une petite fille sage. Cinq hommes. En 18 mois. Dire que certaines rumeurs de la blogosphère me décrivaient comme une femme facile au début de l'été ! Copine, au physique qui ne répond pas nécessairement aux critères de beautés actuels, me bat largement. Après trois mois de vie seule. Faut croire que j'ai trop de principes...

La Waitress se dirige vers le bar, comme à chaque vendredi depuis quelques semaines. Le coeur léger. Plein d'ivresse. J'y rejoindrai mes amis. Mes connaissances. Ces gens pour qui je m'inquiète. Ces personnes que j'aime. Qui font en sorte que l'existence est belle.

Les pupilles dilatées je les rejoindrai d'ici quinze minutes. Et qui sait. Le bar m'offrira peut-être une nouvelles histoire pour demain...

jeudi 8 novembre 2007

Un mardi bien calme

Mardi soir, Waitress au travail. Les heures passent tranquillement avec les quelques clients qui se pointent. Un juge et une avocate qui se saoulent au vin, deux amies qui placottent devant un bon repas. Deux femmes seules, l'une avec un roman et l'autre qui feuillette un livre sur Barcelone. Sans doute sa prochaine destination vacances. Chanceuse.

20h30. Je me prépare à fermer l'endroit. Tandis que je vide le lave-vaisselle, un homme entre. Me demande si quelqu'un l'attend.

- Non, vous êtes le premier.

Il s'assoit au bar, commande une pinte de blonde. Je discute un peu avec lui, c'est un client régulier. Patron nous rejoint. Tandis qu'il se verse un verre de vin, il m'offre une bière. Que j'accepte.

Le juge et l'avocate, bien ronds, quittent le restaurant en prenant leurs voitures respectives. Les quatre autres femmes en font autant. L'invité du client régulier tarde à arriver. Merde. Moi qui souhaitais terminer tôt, c'est sans doute foutu. Je lui sers une autre bière. Attente.

M. Frisé finit par débarquer. Commande à boire. Ne veut pas manger. Je fais donc préparer le plat du client #1.

Un couple entre. Des amis de Patron. Tournée de scotch. Puis un autre client régulier, M. Bougon. Un quinquagénaire qui chiale sur tout, tout le temps. Mais qui reste gentil avec moi. Heureusement. Suivit des trois serveurs du restaurant d'à côté. Décidément, je ne suis pas partie.

M. Frisé vient manger au restaurant six à huit fois par semaine. Parfois en compagnie d'un jeune homme bien charmant. Un chanteur du Bas-du-Fleuve. Qui connaît du succès surtout en France. Qui tourne un film en ce moment, quelque part sur l'Îles-d'Orléan. Waitress ne reste pas insensible aux sourires du Chanteur de Pomme. Et le Patron, un peu cocktail, en parle avec M. Frisé.

- T'es célibataire, Waitress ?
- Voui.
- Ben, il te trouve cute aussi. Faudrait arranger de quoi. J'vais m'arranger pour que tu sois en congé le 16 prochain, il joue à Québec, tu viendras.

Waitress rouge tomate s'enfuie. J'ai quelque chose à faire en cuisine. Merde. Merde. Merde.

Tout le monde qui boit. Beaucoup. Je ne cesse de remplir les verres. Le couple d'amis quitte le bistro, ils sont trop saouls. L'heure est au sommeil pour eux.

Patron et M. Frisé m'invitent à m'asseoir à leur table. Je me prends un autre verre. On jase, on boit, on fume des clopes en écoutant de la musique. Finalement, tout le monde me règle à 1h00. Grosses factures, pourboires généreux.

Seule avec Patron, je poursuis la fermeture. Une fois que tout est terminé, il me tend un autre verre de bière. Le cinquième. Merde. J'ai ma voiture. Et c'est moi qui ferai l'ouverture le lendemain. Mais j'accepte. On s'assoit côte à côté au bar. Patron en état très avancé. Me fait du charme. Finit par me dire qu'il m'adore. Il est temps que Waitress reparte chez elle. Après l'avoir incité à la prudence sur le retour à la maison, je referme la porte derrière moi.

*
Lendemain légèrement pénible. Je me sens fatiguée. J'ai atterri dans mon lit à 2h30 du matin. En voyant la tête du Patron, j'ai l'impression d'être en pleine forme. Il sent encore l'alcool. Et m'apprend qu'il a dormi sur une banquette du restaurant. Que sa femme est bien fâchée. Qu'elle croit qu'il l'a trompée. Waitress fait le reste des déductions. Avec moi. MOI. Merde. Merde. Merde.

mercredi 17 octobre 2007

Le clan lesbien

Française au téléphone, la voix nerveuse. Me demande de l’accompagner pour un souper dans un restaurant du Vieux-Port. Avec trois de ses copines, dont la Chanteuse. Une femme charmante qui lui plaît beaucoup, de là sa fébrilité. Elle craint de faire des gaucheries, de casser de la vaisselle sans le vouloir. J’accepte.


Quelques heures plus tard, sa voiture s’arrête devant l’appartement. J’entre à bord et vois tout de suite qu’elle stresse à l’idée de se retrouver auprès de l’objet de ses désirs. Je tente de la rassurer, de lui faire comprendre qu’il ne peut pas arriver grand-chose de bien terrible. Rien à faire. Elle conduit comme une folle, sa voiture qui zigzague entre la voie de gauche et celle de droite pour arriver à l’heure. C’est-à-dire avec trente minutes de retard.


Arrivées à l’Inox, nous prenons une bière avec Chanteuse et Matante avant d’aller au resto, où la P’tite Rockeuse nous attentant depuis quarante cinq minutes. Nous nous attablons, disons des niaiseries avec la serveuse, une amie aussi.


Française, avec toute son agitation, rit comme une loutre, ce qui dérange les autres clients. Reste que le plaisir est là; ça déconne, ça jase, la nourriture et le vin sont bons.


Tandis que je raconte une anecdote, LA question tombe.

- Es-tu lesbienne ?


Je n’ai jamais été amoureuse d’une femme. Je ne crois pas, donc. Cette question ne me dérange pas en tant que tel. Ce que je ne comprends pas par contre, c’est la raison de la poser. Lorsque je me trouve avec des hétérosexuels, on ne me demande pas mon orientation sexuelle. En compagnie de garçons gays non plus. Mais les lesbiennes me le demandent à chaque fois que je les rencontre. Pourquoi ? Est-ce que ça vient vraiment changer quelque chose à la personne que je suis ? À la conversation que nous tenons ? Peut-on simplement se côtoyer en toute amitié ou faut-il absolument définir les cadres qui nous entourent et les possibilités de couchettes ?


Parce que chaque fois que j’ai eu à répondre que je suis hétérosexuelle, on me regarde ensuite avec dédain. Pourquoi ? Quelques minutes avant, j’étais pourtant une fille sympathique. On m’exclu alors un peu des conversations, on ne me pose plus de questions.


Waitress devient alors pâle et sans intérêt. Un peu tannant.

samedi 6 octobre 2007

Mise à mort, Part I

Mardi, jour de congé #2. La Waitress ignore de quoi seront composées les prochaines heures. Une invitation au cinq-à-sept, l’obligation de faire des courses, peut-être une envie de ballade en voiture. Le soleil brille, l’air est chaud, la lumière jaunâtre de l’automne accentue les couleurs des arbres entourant la galerie de mon appartement. L’incendie s’insinue jusqu’à ma tête. La main qui se resserre plus fort sur la tasse de café, une pensée mauvaise pour le garçon que je fréquente. Nous nous voyons de façon régulière depuis plusieurs semaines, mais rien n’avance. Je veux provoquer quelque chose. Trop de question, trop de non-dit. Je déteste.


15h03. Waitress saisi le téléphone et compose le 1-800-JOLI-MINOIS. Il accepte mon invitation à souper, arrivée prévue pour 19h00. Il ne se doute de rien.


Je rejoins Collègue Française, question qu’elle m’aide à élaborer un menu.


- Pourquoi tu ne lui prépares pas juste quelque chose de simple, que tu peux faire toute seule ?
- Parce que je lui rentre dedans ce soir. Une question piège par plat, qui alimentera la conversation jusqu’au couvert suivant. Au dessert, il arrivera à la conclusion que ça ne peut pas fonctionner nous deux et il partira pour toujours.
- Un souper d’adieu ?
- Un souper mise à mort. À moins qu’il ne fasse une déclaration d’amour, mais ça n’arrivera pas.
- C’est cruel. J’adore le concept. Donne moi quinze minutes, j’arrive.


Je range l’appartement, commence à réfléchir à la discussion que je tiendrai avec Joli Minois. Faudra être délicate, il ne doit pas quitter avant la fin du souper. La nervosité me gagne, j’ouvre une bière. Une moto se stationne devant l’appartement, mon amie apparaît après 45 minutes. Le droit à la demi-heure française m’oblige au silence. Elle entre, lance sa veste de cuir sur le dossier du fauteuil, se rend au frigo et se saisi d’une bière. Nous nous observons un instant, elle avec un grand sourire, moi avec de légers tremblements.


- Et si tout va de travers ?
- Dans ce cas, Waitress, je viendrai prendre le dessert avec toi.


Breafing. Au bout de quelques minutes, le menu est fixé.



Tartare de bœuf
*
Filet de porc farci au chèvre et aux pommes, mini-ratatouille, mousseline de pomme de terre Yukon Gold
*
Brick aux pommes et au romarin


Nous allons faire les courses. Je courre dans les allées de l’épicerie pour gagner du temps, Française crampée et essoufflée derrière moi. Arrêt à la SAQ. Deux bouteilles de rouge. Et une envie de bulles. Pourquoi pas ? J'ai le droit de célébrer le fait qu'on me larguera ce soir. Je choisie donc un vin mousseux pour l’apéro.


Retour à l’appartement. 17h24. Je débouche deux autres bières. La Française entame les préparatifs du repas, tandis que je passe le balais, avant d’aller me changer.


Après une longue séance d’essayage, je me retrouve en jolie jupe rouge, avec une petite camisole noire.

- De quoi j’ai l’air ?
- C’est parfait, Waitress. Mais j’trouve que t’as l’air plus dépeignée que coiffée.
- C’est bien, j’ai toujours l’air de revenir de faire l’amour.


On cogne à la porte. Il a de l'avance.


Merde, merde, merde.

dimanche 19 août 2007

Lâcher prise

Waitress et l’errance. Une soif sans limite dans le gosier. Dès que j’ouvre les yeux, hésitation. Lait ou Amarula pour accompagner le café ? J’ai de la visite et je profite de leur tournette à la salle de bain pour remplir mon verre à nouveau. Au bar, j’enfile les gins version haute vitesse. On ne me fait plus payer au fur et à mesure, et j’apprends ensuite qu’en deux heures, j’en ai mis onze dans mon corps. Pourtant, je marche droit, pas saoule, ni désagréable.

Les jours de congés, le temps passe avec les divers cocktails. Un bar perpétuel chez moi. Au frigo, bière, vin blanc, gin, vodka, Amarula. Jus d’orange, de canneberge et tonic water se tiennent à côté. Dans l’armoire au-dessus du poêle, vin rouge, triple sec et abricot brandy. Le congélateur n’en finit plus de me fabriquer des glaçons.

Pourtant, aucune tristesse chez Waitress. Juste une soif. Je ris sans masque, j’ai du plaisir à côtoyer amis et collègues de travail. J’aime mon boulot. Mon appartement. Mes activités. Et cette envie d’alcool incessante.

En même temps, cette haine du corps. Il prend trop d’espace, il recouvre trop le cœur. Je mange parce qu’il le faut bien. Culpabilité chaque fois. Je monte sur la balance. Horreur. Je deviens obsédée par la nourriture. La raison qui trouve le tout si stupide, qui sait que je suis à la limite de la minceur et de la maigreur. Les yeux qui voient de grosses fesses, de grosses cuisses dans le miroir. Qui n’existent pas. Une division en mon être. Le rationnel contre l’anxiété. Et la Waitress qui se sent stupide, stupide, STUPIDE !

Comme une gamine. Qui réclame un peu d’attention, qui a besoin d’une paire de bras chauds et d’un murmure à l’oreille. « Tout ira bien, t’inquiètes ». Pour que cesse le tourment. Faire confiance. Lâcher prise.

lundi 4 juin 2007

Fucking Bitch

Waitress se pointe au centre commercial. Je déteste cet endroit, en particulier lorsque l'objet de ma visite consiste à acheter du linge. J'ai beaucoup de difficulté à trouver des morceaux qui me plaisent d'abord et qui me font ensuite. Souvent, les trucs fashions me donnent un air ridicule. J'ai un drôle de corps. Trop de bras, trop de jambes, comme une adolescente. Et pas assez de poitrine. Comme une fillette. Je finis par me terrer dans une cabine d'essayage, en larme. Voilà pourquoi je hais le centre commercial.

Donc, vendredi soir. Il faudrait bien que je me trouve quelques choses pour passer au travers de l'été et des vêtements noirs pour le travail. Dont une robe noire pour les soirs de mariage, question de faire un peu plus chic et voler la vedette à la mariée. Et partir avec le marier, s'il est riche et trop vieux pour le sexe, sans enfant et au seuil de la mort.

Premier magasin. Remplit d'ados en délires. Ça saute partout, ça s'énerve. Merde, à quel âge les médecins arrêtent de prescrire du Ritalin ? Je me sens vieille, mais quelques mères sont aussi présentes dans l'endroit; ce n'est pas moi qui augmente la moyenne d'âge. J'essaie quelques trucs qui me font pouffer de rire lorsque je sors de la cabine pour m'observer dans le miroir. Entre autre, une paire de jeans cigarettes. J'ai l'air d'avoir de minuscules mollets et un cul immense, tout le monde me regarde me taper les cuisses. J'achète quand même une jolie chemise noire.

Deuxième magasin. Aussi remplit d'adolescentes en délire. Ici, je dois préciser que je ne peux pas vraiment m'habiller dans les magasins pour "femmes" puisque souvent, les plus petites tailles sont trop grandes en certains endroits sur mon corps. Pas le choix d'aller voir chez les boutonneuses sans hanches sans seins. Je finis par trouver quelques jolies jupes, deux robes noires et quelques camisoles. Vendeuse me dirige vers une cabine d'essayage. Commence par une des robes noires. Waitress sors dehors pour faire la tourniquet devant la glace et demande à Vendeuse comment bien placer la robe.

- Hummm. J'suis pas certaine que c'est joli sur moi.
- Ben, faut être vraiment mince pour que ça soit beau ça.

Pardon ? J'ai juste un peu de hanche, je suis une femme. Rien ne dépasse nul part, c'est toi qui a du gras qui passe par-dessus ta ceinture, c'est toi qui a un énorme bucket et est-ce que j'ai l'air de te juger pour autant ? Je me sens profondément insultée, je retourne dans la cabine est serrant très fort les muscles de ma mâchoire. La bitch. Criss de bitch. Ferme ta geule Waitress, c'est mieux de même. Contente toi de toujours regarder sa graisse avec mépris plutôt que ces yeux avec un sourire.

Je passe l'autre robe noire sur mon corps qui me va à merveille. Elle est conçue pour les filles-poitrine-de-cerise-sans-beurre-sans-cuisson, fait classe et reste pratique pour se balader les bras chargés d'assiettes. J'achète quelques morceaux en soldes (tout est en solde à cette période de l'année...) et demande si elle peut me garder la deuxième robe pour 45 minutes, le temps que j'aille voir un autre endroit et éviter de regretter une impulsion.

- Je vais la garder jusqu'à la fermeture, prends ton temps.
- Merci.

J'arrive dans le dernier magasin que je veux voir. Commence à trouver que ça fait longtemps que je magasine. J'ai de la statique dans les cheveux à force de passer des chandails et des camisoles dessus, j'ai une grafigne sur la joue droite à cause d'un étiquette et je suis encore insultée de l'autre Vendeuse Bitch. Le centre commercial, un véritable gym pour moi.

Je me console un peu en réussissant à entrer dans un jeans 00 et un autre de taille 25. Regarde un peu les robes, décide de repasser à l'autre magasin pour acheter celle qui m'allait bien.

- Allô ! Je viens chercher une robe noire mise de côté un peu plus tôt, que je dis à une autre vendeuse qui a l'air plus sympathique.
- Euh.
- Quoi ?
- Vendeuse Bitch, viendrais-tu ici ?

Vendeuse Bitch arrive. Mes yeux méprisants sur son ventre.

- C'est elle ma madame de la robe noire, expliques lui, toi.
- Qu'est-ce qu'il se passe ?
- Ben j'ai fait essayer ta robe à une cliente pis elle l'a achetée.
- Mais je l'ai fait mettre de côté, moi !
- Je vais appeler à un autre magasin pour te la faire venir.
- Laisse faire, j'en avais besoin demain midi. Merci beaucoup. Vous avez un super magasin.

Un dernier regard plein de haine sur les cuisses de Vendeuse Bitch et je file. Bannir le magasin Limité de mes prochaines tournées.

Avis légal : Waitress la Femme Insatiable n'a rien contre les personnes de taille forte et ne juge pas les gens à leur poid. Elle ne fait que détester les grosses bitchs, au même titre que les maigres bitchs.

jeudi 17 mai 2007

Petits papillons (petits, petits)

Constatant que je me mène une vie rangée quant aux garçons, une amie s'est mise en tête de me présenter un de ses copains en manque de sexe. Je comprends pourquoi elle y tient tant. Gars-en-Manque aimerait coucher avec Copine. Copine aimerait coucher avec Gars-en-manque. Mais elle est en couple. Donc, en m'insérant entre eux deux, elle croit qu'elle saura se retenir. Belle tactique. Et c'est ainsi qu'elle m'a donnée rendez-vous hier, au bar.

Dehors, il fait gris. Je m'habille en mois de mai, ce qui signifie pas chaudement. Je ne tarde pas de constater que mes souliers ballerines sont plus ou moins de circonstance. Je marche quand même vers le bar; impossible de reculer, sinon on pourrait me reprocher mon retard. "C'est l'été, c'est l'été", que je ne cesse de me répéter. Le pouvoir de la pensée est sans fin, je me sens envahit d'une douce chaleur qui m'aide à me rendre à destination sans claquer des dents. Les mains bleues, je pousse la porte.

17h59. Je m'installe au comptoir. Gin tonic. Que je sirote en me disant à quel point je me transforme en une personne fade; je deviens raisonnable et ponctuelle, une calamité. Je me tape une conversation ennuyeuse à propos du travail d'un quinquagénaire ennuyeux qui se tient à ma droite. Tout en louchant sur la porte, souhaitant voir apparaître Copine. Elle tarde, je dois discuter avec l'autre.

Arrive Monsieur Patate. Il demande si la place à ma gauche est libre.
- Si vous êtes riche, bien sûr.

J'ai pu analyser son portefeuille en le voyant s'asseoir deux bancs plus loin.

Copine se pointe avec trente minutes de retard. Seule. Smouck, smouck, becs sur les joues, grosses colles, elle me dit que Gars-en-Manque débarquera bientôt. Plutôt présente pour passer du temps avec elle, j'ai tout de même hâte de voir. Monsieur Patate parle avec moi, on se fait un petit speed dating; chacun notre tour, nous racontons les grandes lignes de notre existence en deux minutes, suivies d'une période de question de trente secondes. On rigole un peu, mais il s'est disqualifié avec son: "Monsieur Patate, trente-quatre ans, célibataire". Reste que j'ai du plaisir, il est drôle et sympathique. Il quitte le bar en me demandant un rendez-vous, que je ne lui accorde pas en passant par la bande: "On va sans doute se revoir ici, je viens souvent et toi aussi. Laissons le hasard travailler".

Arrive Gars-en-Manque. Waitress de constater qu'il a plus de trente ans (Non, mais ! Vous êtes vraiment beaucoup de cette génération à chercher amour et sexe dans les bars !) et même s'il parait bien, il perd toutes chances de finir dans mon lit. Timide, il me parle peu; il dépose son regard dans le décolleté de Copine afin de se donner contenance.

Après son départ, Copine fait son enquête:
- Pis, comment tu le trouves ?
- Ben... j'sais pas, il ne me disait rien, il était trop occupé à te manger des yeux.
- Pour vrai ? Tu crois que je l'intéresse ?
- C'est assez évident.
- Mais il t'a trouvé de son goût.
- J'crois pas, il ne me regardait même pas.
- Il arrêtait pas de loucher vers toi.
- Pour vrai ? On appelle ça être subtil.
- C'est toi qui te virais de bord pour radoter avec les autres.
- Ah.

Je sors fumer une cigarette. Je bavarde avec les gens qui entretiennent leur cancer autour de moi. Dont un charmant garçon.

- T'es venue visité mon appartement, toi ?
- Eh. Peut-être. Disons que j'en ai vu plusieurs. T'habites où ?
- À Limoilou.
- Oui, oui, oui ! Je me souviens de toi.

Le premier appartement que j'ai visité, en mars dernier, était le sien. Puisqu'il m'a déjà accueillis chez lui, nous nous considérons vite comme des intimes.

Copine rentre dormir vers 22h00. J'ai un gin tonic encore plein devant moi, je choisie de rester. Je termine mon verre et je file aussi. Charmant Garçon est assis à mes côtés. Par politesse, je converse avec lui, à propos de son travail, ses intérêts, ses études. Gentil. Une certaine douceur émane de lui, lorsqu'il sourit, j'ai l'impression que le fond de son regard participe au mouvement de ses lèvres. En revenant de visiter mon ami WC, un nouveau verre m'attend, tandis que le propriétaire m'offre un shooter.

À 2h30, je suis toujours là, à discuter avec Charmant Garçon. Je me sens bien, il est agréable et joli. Nous nous faisons maintenant face, nos corps se frôlent souvent, un sourire au visage, on ne se lâche plus des yeux. Il m'offre d'aller voir ce qui se passe à la Cuisine après nos verres. J'accepte. Aurevoir à tout le monde, on paie nos bills qui sont énormes.

Dans le froid et la pluie de mai, nous marchons côte à côte. Bien entendu, la Cuisine est fermée. Mercredi soir, normal. Mon regard plonge dans les yeux de Charmant Garçon qui s'approche pour m'embrasser. Ses lèvres sont douces, chaude sur ma bouche.

- Veux-tu venir chez moi ou on va chez toi, Waitress ?
- ...
- ...
- Ben, j'ai pas l'habite de ramener chez moi un gars le premier soir.
- On peut juste dormir collé.
- Accepté. Mais à condition que tu t'attendes à rien d'autre.
- Ça me va.

Dans mon lit, nos pieds sont congelés. On rit, on s'embrasse, on se réchauffe ensemble. Ses lèvres sur mes lèvres. Sur mes joues. Dans mon cou, dans mon dos. Sa peau est douce contre la mienne, il sent bon. Tout mon corps frissonne, le sien aussi. Je finis par lui demander d'arrêter. J'ai envie de coucher avec lui, mais je préfère m'abstenir. Ça le fait rire. Il ressemble à un enfant heureux, il est beau. On s'endort en cuillère. Sommeil paisible.

Ce matin, pas de gêne. On parle encore, on rit ensemble. Je partage le premier café avec lui avant son départ. Le taxi arrive devant la porte. Il me dit qu'il travaille au bar ce soir. Me donne son numéro de téléphone. Merci pour la soirée, becs sur les joues, il franchit la porte.

Je me sens bien. Et je me demande si j'irai boire un verre après le travail. Si un jour j'oserai lui téléphoner. Je ne fais pas partie du clan des "appleuses". Trop timide. Waitress est une poule mouillée, faut pas l'oublier.

vendredi 11 mai 2007

Waitress la poule mouillée

Waitress se sent audacieuse.


Dimanche, jour J. À 20h00, les premiers accords se feront entendre à l'aréna Maurice-Richard et tous les fans entonneront les paroles des merveilleuses chansons d'Arcade Fire. Et je serai parmi eux, debout au parterre, en poussant de petits cris aigus dictés par ma joie, tenant parfois la main de Mademoiselle Y ou de l'Ex, comme pour m'assurer de la réalité de la soirée.


Reste à monter à Montréal. Je croyais m'y rendre en autobus, mais le coût du voyage m'a convaincue qu'il existait un moyen plus économique. Allô Stop me sembla alors une pertinente solution. Mais je ne suis pas inscrite. Donc, après avoir payé mon inscription, et le coût du voyage, il me faut revenir à Québec. Pas de veine, faut prendre l'autocar.


J'ai ainsi décidé de m'y rendre avec Ginette, ma jolie Sunfire blanche. Bien que nous sommes vendredi, juste d'y penser, mes mains sont moites et mon coeur bat fort. La nervosité n'est plus pour le show, mais pour la route à faire. Je suis du genre à éviter les autoroutes, les changements de voies, le trafic et les stationnements en parallèles. Imaginez maintenant l'angoisse qui m'habite. Je ne connais pas du tout Montréal, j'ai même demandé à un copain s'il fallait bien que je prenne le pont à Québec pour m'y rendre...


Donc Waitress appelle l'Ex ce matin pour lui annoncer la nouvelle. Elle tombe sur le répondeur.


- Bonjour vous êtes bien au 555-1234, laissez-moi un p'tit message.

- Bipppp.

- Salut, c'est Waitress. Mouais ben, pour dimanche, j'ai décidé de monter avec mon char. Donc on va partir très, très, très tôt, comme ça y'aura pas de monde sur le chemin, ça va être plus facile pour moi. Je compte sur toi, hein. J'espère vraiment, vraiment que tu es un excellent copilote. Et va falloir que tu sois fin psychologue aussi. J'attends ton appel.


Eh merde. L'impression de m'être mis les pieds dans les plats avec mes bonnes idées. Depuis quand je me sens courageuse, aussi ?

mercredi 9 mai 2007

Solitude


4h30 du mat, je ne sais trop de quoi vous parlez. Tout va tellement vite dans ma tête. Encore une nuit de débauche, encore une nuit à donner mon numéro de téléphone à des gens qui n'appelleront jamais.


C'est un truc qui me fait chier. Et je joue le même jeu pourtant. Pourquoi est-ce que je donne mes coordonnées à quelqu'un qui n'en a rien à foutre et qui agit par pure politesse ? Pourquoi je mets des bouts de papier dans mon sac en disant "Je t'appelle vendredi prochain pour telle soirée à tel bar " ? Les gens sont tout simplement incapable de se dire que non, ça ne nous intéresse pas, on préfère la game, la putain de game que j'avoue tant adorer. La politesse. Nos parents nous ont bien élevés.


Demain, je vais appeler Équipier. Et je sais qu'il aura une excuse toute prête pour me dire qu'il ne sera pas des nôtres. Pendant ce temps là, j'aurai mis mon apppart en ordre complet, je me serai fait belle. Pour rien. À moins que Maiken se soit décidé à venir, mais mon intuition me porte à croire qu'il n'y sera pas.


Désolée, Waitress la toujours joviale et positive est un peu en mode depress. Peut-être parce qu'un ami qu'elle aime bien l'a réveillé au téléphone cet après-midi et qu'une chicane complètement stupide s'en est suivie. Et que je me sens mal à l'aise. Je sais que j'aurais dont dû fermer ma yeule. Dire des "non c'est pas grave" comme je fais toujours. Mais non. J'ai dit que je n'aime pas qu'on me mente en pleine face. Résultat ? Mon ami me boude parce que je l'ai traité de menteur !!!!!!! Bordel que les gens sont compliqués. Ça m'énerve, quelqu'un qui n'assume pas ses actes et qui te fait feeler cheap lorsque tu lui fais remarquer !


Criss que les gens sont compliqués. Vive les îles désertes à certains moments !

mercredi 2 mai 2007

Magasinage

Mardi, journée de congé. Après une longue nuit de débauche, Waitress se retrouve chez Wal-Mart pour acheter une balayeuse.



Je sais, il y a des façons beaucoup plus agréables de dilapider sa fortune, mais je n'ai pas le choix. Déjà que je déteste et le magasinage et Wal-Mart, j'appelle ça un effort de guerre.



Sur un bout d'allée, je vois des pilules pour maigrir. La boîte comprend une série pour le jour et une autre pour la nuit, le tout agrémenté de nombreux témoignages d'anciennes grosses devenues minces.



Mâle Alpha: Waitress, c'est un attrape nigaud.



Waitress: Ben, peut-être pas, des fois que ça pourrait marcher.



Mâle Alpha: Ça existe pas des pilules qui font maigrir.



Waitress, avec un sourire démoniaque: Oui, ça existe...









Un peu plus loin, Mâle Alpha s'arrête devant un étalage de produits dérivés du film Spider Man. Genres de trucs que je trouve particulièrement ridicules. Il est en extase devant une poubelle pleine de toiles d'araignée.



Waitress qui hurle dans le magasin : Heil !!!!! J'pas une banque à pitons ! Tu le sais qu'on a pas d'argent pour tes bebelles, ton chèque est déjà tout dépensé !



Mâle Alpha dépose la poubelle sur la tablette, me lance un regard assassin tandis qu'il constate que tous les clients l'observent avec mépris. Et moi de me sauver en courant avec mon panier, question d'aller me camoufler dans les chapeaux.





J'aime perdre mon temps au magasin. Courir partout en criant des niaiseries. Et là, je ne vous raconte même pas l'atroce parade de mode que j'ai fait subir à Mâle Alpha. Malgré tout, je me suis achetée une balayeuse. Très jolie, compacte et elle s'agence à merveille avec mes vêtements. Nous serons heureuses longtemps, elle et moi.

lundi 23 avril 2007

Encore !


Demain, lundi, à 23h00 précise, je suis forcée de retrouver ma vie de débauche. Pour deux jours. Le repos du corps aura été bref cette semaine.


Des suggestions ? ...

dimanche 22 avril 2007

Week-End



Jeudi, tard dans la nuit. Je remonte la rue St-Jean, direction les escaliers Victoria, en compagnie de Jeune Homme et d'un de ses amis, rencontré plus tôt dans la soirée. Ce dernier m'offre le bras, question de galanterie. Non, plutôt pour m'aider à marcher droit, afin de réduire les probabilités que je décède écrasée sous une voiture.

L'air est frais, mais confortable. Vêtue d'une petite jupe noire, de mes souliers ballerines et de mon éternel veston en velours noirs, je respire fort, besoin de printemps dans mes poumons. J'ai dansé ce soir. Ce que je ne fais jamais, manque de liberté corporelle.

Les lumières de la ville s'offrent à moi, je veux rire encore, parler avec ces deux gentils garçons qui m'entourent. Nous marchons ensemble, nous sommes beaux à marcher ensemble. Je suis saoule, je me sens bien.



Vendredi, à l'heure du souper. Il fait chaud, je porte une autre jupe, celle au tissu doux, doux, doux, qui me donne d'éternelles caresses sur les fesses. Je conduis ma voiture, lunettes de soleil, fenêtres ouvertes, une cigarette à la main. Avec Jeune Homme comme passager. Il joue avec les dés en minou accrochés au rétroviseur. On chante "J'aime la bourgeoisie" de Numéro dans le trafic. Direction resto, nous allons rejoindre d'anciennes collègues de travail.

Une d'elles nous apprend qu'elle a vomit à son unique tentative pour avaler du sperme, pendant que l'autre nous explique qu'elle est une femme fontaine. Les tables voisines nous regardaient. Faut dire que nous nous trouvions dans un restaurant familial.


De retour chez Jeune Homme, Chouchou débarque de Trois-Rivières. Le bar nous appel. On commence par la piste de danse, mais finalement, c'est de jaser dont on a envie. Assis à la la terrasse, pupilles dilatées, on mâche notre gomme, entouré de belles personnes à regarder.

Retour à mon hôtel cet après-midi. Il faisait beau, la rue Cartier grouillait de monde alors que je me dirigeais vers la machine à punch. Ça ne m'a pas dérangée. Travailler, c'est donner un repos à mon corps. Je me couche à des heures raisonnables, deviens sage l'espace de quatre, cinq jours. Pour être en forme au prochain week-end.

samedi 14 avril 2007

De l'art d'être un bon invité

Mon week-end s'est conclu par un souper avec une bonne copine à moi, question de souligner son quart de siècle. Au menu: Poulet farcie aux épinards et au fromage de chèvre. Alcool à profusion, bonne chaire et une longue amitié ont su faire un mélange propice aux confidences.
Que retenir de tout cela ? Maudit que je suis bien célibataire ! Beaucoup moins d'événement culpabilisant, la liberté et aucune chance de me retrouver le coeur en miette dans des dilemmes à ne plus finir. C'est décidé, gros party en juin pour fêter ma première année de bonheur solitaire !
Chum de Copine a oublié de se pointer au souper. Oui, oui, il a oublié mon invitation ! Il s'est présenté vers les 23h00, en s'excusant, sans amener d'alcool supplémentaire ! Bon, d'accord, il y en avait déjà en quantité suffisante, mais c'est une question de principe. Au moins, il a été gentil...
Il y a une chose que je ne comprends pas par contre. Comment il a fait pour se foutre une chique de gomme sur le cul ? Je n'ai pas pu lui demander en personne hier, puisque c'est ce matin que j'ai trouvé les traces sur mon sofa. Quelqu'un connaît un truc pour faire disparaître ça ? Mon sofa, une antiquité des années 70, est en velours. J'y tiens beaucoup.
Me souvenir d'inspecter mes prochains invités dès leur arrivée.

vendredi 13 avril 2007

Comme à la maison



Hier, je me suis enfin décidée. À 15h30, j'appelle au salon de coiffure en demandant un rendez-vous le plus tôt possible.




- Aujourd'hui, 18h00, ça vous convient ?


- Parfait !




Waitress se rend donc au salon, un peu décontenancée par la lumière. Même si nous avons changé l'heure depuis quelques semaines déjà, mon cerveau a de la difficulté à faire le lien entre 18h00 et l'absence de noirceur.




J'entre au salon et je me sens toute petite. Allez savoir pourquoi, les salons et les coiffeuses, ça m'intimident. L'impression d'être moche dans ces lieux. Je n'aime plus mes vêtements, je trouve mes cheveux laids, mon teint pâlotte... Et le son des talons hauts tatloc tatloc tatloc renforce l'image bourreau-victime qui se joue dans ma tête. Pourtant, j'adore aller me faire couper les cheveux. Je dois me sentir vulnérable, les cheveux mouillés, bien à plat sur la tête, avec la cape de plastique noir, installée devant une fenêtre pour être ridiculisée par tous les passants.




Coiffeuse me demande ce que je veux avoir, je lui donne quelques indications, du genre je dois m'attacher les cheveux pour le travail, j'aimerais mieux pas de toupet, puisque ça ne va pas avec le bronzage et l'été arrive. Elle commence à couper. Me pose des questions par rapport à mon travail, veut des anecdotes croustillantes. Elle fait pareil en bitchant ses collègues de travail. Elle finit par me dire que j'ai les mêmes yeux que Claire Forlani. Bon, c'est flatteur, mais complètement faux ! Qu'est-ce qu'on dirait pas pour avoir un plus gros pourboire !








Il y a une chose par contre que je n'ai pas compris. La coupe terminée, elle me remet le séchoir entre les mains en me disant que j'ai seulement à me placer les cheveux comme je le fais d'habitude. De pas être gênée de m'envoyer la tête par en bas pour le volume, comme je fais chez moi.




What the fuck ?! Je la paie pour ça ! Je ne sais plus quoi faire, quoi dire, comment réagir. Pendant que je me sèche les cheveux et qu'elle donne un coup de balais, son patron passe à côté. Au regard qu'il a posé sur elle, je crois qu'elle a eu droit à un petit meeting après mon départ. Gênée et mal à l'aise, je quitte le salon les cheveux encore mouillés.




Je me demande encore si j'ai dit quelque chose qui a pu la froisser. Il me semble que non. D'autres clients attendaient leur tour. Peut-être que c'était une façon pour elle d'accélérer le service pour passer le plus de gens possible dans sa journée. Une chose est certaine, si je retourne dans ce salon, je prends la peine de dire que je ne veux pas Coiffeuse !




Mais bon. J'aime ma nouvelle tête. C'est l'important. Et il ne faut pas s'en faire, ma photo me ressemble encore, j'ai toujours plein de cheveux partout !