Lundi.
Waitress commence sa journée, avec un café et une cigarette devant son ordinateur. Je viens d'apprendre que je ne travaillerai pas le soir même à
l'Île, congé forcé.
Lui aussi. Je ne réfléchie pas plus longtemps et lui envoie une invitation à souper.
À 14h00, tout est décidé. Au menu: Poulet farcit aux épinards et au fromage de chèvre, purée de pommes de terre sucrées aux pommes et aux
pacanes avec des asperges en accompagnement. Quelques fromages en entrée, une bouteille de blanc à
l'apéro et une autre de rouge pour le repas. Charmant Garçon cognera à la porte dans quatre heures. Ce qui signifie bientôt. Ranger l'appartement. Faire les courses. Et entamer les préparatifs du souper. En plus de me mettre belle. Une véritable course.
Ma mère me téléphone. Une heure et demie de moins pour tout faire.
Époussetage, balayeuse, lavage de plancher. À 16h45, tout est propre. J'ai même classé les vêtements de mon garde-robe selon les couleurs. Je m'attache les cheveux, enfile un jeans et une camisole rayée très jolie et qui me donne un semblant de poitrine et je saute dans ma voiture.
À l'épicerie, je commence à être nerveuse. Et si je rate le repas ? Pire, s'il arrive chez moi pendant que je tâte du poulet et qu'il décide de partir ? Vite, vite, vite,
Waitress arrive à la caisse en
joggant, bouscule une vieille femme qui me menace de sa canne et je
zigne de la patte pendant que le commis emballe mes achats.
SAQ maintenant.
Je veux une bouteille de
Vino Verde pour
l'apéro et une autre d'un vin espagnol que j'adore. Je cherche partout, je ne les vois pas. Bon. J'accroche un conseillé, lui parle de mes deux bouteilles et demande où elles se trouvent.
- Désolé Mademoiselle, nous sommes en rupture de stock.
- Quoi ?
- Je n'en ai plus.
- Merde !
Waitress panique.
- Bon. Écoutez, monsieur. J'ai un souper ce soir, faut que j'impressionne quelqu'un. Mon menu sera fantastique. Pas question que je le gâche avec un mauvais vin.
Donnez-moi quelque chose de merveilleux, je me fiche du prix ! Que ce soit bon, c'est le seul critère.
À la caisse, je paie mes achats. Je me plante avec ma grosse sacoche, mes 4 sacs d'épicerie et celui de la
SAQ. Un homme de plus de 55 ans me regarde.
- Vous allez prendre l'autobus, mademoiselle ?
- Non, je prends pas l'autobus, que je lui dit, mon porte-clés entre les dents.
- Je vais aller vous conduire chez vous.
- Non, non, j'ai ma voiture.
-
Attendez-moi, je vais vous aider à amener vos sacs à l'auto.
- NON ! Bonne fin de journée.
Je cours sous la pluie jusqu'à ma voiture, passe près de me faire écraser par un maniaque qui ne s'attendait pas à me voir passer.
Ouvres tes yeux, p'tit criss. Vite, vite, je vais être en retard. Je stationne Ginette le plus rapidement possible, accroche la chaîne de
trottoir. Deux points.
Je cours partout dans la cuisine, coordonne toutes les étapes. Il cogne à la porte. Zut.
Je suis pas peignée. Même pas maquillée ! Merde, tant pis. On cuisine ensemble, en se disant des niaiseries. J'ouvre la bouteille de blanc. Une fois terminée, nous passons à table et j'entame le rouge.
La nourriture est excellente, le vin aussi. On entre un peu dans les confidences, on discute de notre enfance. Nous passons au salon pour finir le vin. Musique, chandelles, ambiance feutrée. J'offre un café alcoolisé. Un peu avant 23h00, il propose d'aller chercher de la bière au dépanneur. Nous revenons avec une caisse de six et du vin blanc et mes pieds sont nus. J'ai cassé mes sandales en route, les ai laissé au coin d'une rue.
On jase, on boit, on jase. À 1h30 du matin, je suis saoule. Lui aussi. Il parle beaucoup, j'essaie de l'embrasser. Il se tasse.
Merde. Je ne l'intéresse pas. Il m'embrasserait sinon. Je refais le test un peu plus tard, même résultat.
Ensuite, les choses sont floues. Nous étions nus au salon. J'ai ramené des condoms. Nous avons fini par
atterrir au lit. Vers 7h00 du matin, nous nous sommes endormis.
Au réveil, en plein après-midi, j'ai constaté les
dégâts. Dans ma chambre, des enveloppes de condoms vides partout. Un
tiroir sur le plancher. Mon vibrateur à côté du lit. Je me lève. J'ai mal partout. Aux jambes, aux bras. Une brûlure sur la main gauche. Une autre sur la droite. À la cuisine, de la
vaisselle partout. Des vêtements. Au salon, les chandelles ont coulé. La lampe n'est pas éteinte. Des verres, des bouteilles. Encore des enveloppes de condoms vides. Et un putain de mal de tête.