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jeudi 8 novembre 2007

Un mardi bien calme

Mardi soir, Waitress au travail. Les heures passent tranquillement avec les quelques clients qui se pointent. Un juge et une avocate qui se saoulent au vin, deux amies qui placottent devant un bon repas. Deux femmes seules, l'une avec un roman et l'autre qui feuillette un livre sur Barcelone. Sans doute sa prochaine destination vacances. Chanceuse.

20h30. Je me prépare à fermer l'endroit. Tandis que je vide le lave-vaisselle, un homme entre. Me demande si quelqu'un l'attend.

- Non, vous êtes le premier.

Il s'assoit au bar, commande une pinte de blonde. Je discute un peu avec lui, c'est un client régulier. Patron nous rejoint. Tandis qu'il se verse un verre de vin, il m'offre une bière. Que j'accepte.

Le juge et l'avocate, bien ronds, quittent le restaurant en prenant leurs voitures respectives. Les quatre autres femmes en font autant. L'invité du client régulier tarde à arriver. Merde. Moi qui souhaitais terminer tôt, c'est sans doute foutu. Je lui sers une autre bière. Attente.

M. Frisé finit par débarquer. Commande à boire. Ne veut pas manger. Je fais donc préparer le plat du client #1.

Un couple entre. Des amis de Patron. Tournée de scotch. Puis un autre client régulier, M. Bougon. Un quinquagénaire qui chiale sur tout, tout le temps. Mais qui reste gentil avec moi. Heureusement. Suivit des trois serveurs du restaurant d'à côté. Décidément, je ne suis pas partie.

M. Frisé vient manger au restaurant six à huit fois par semaine. Parfois en compagnie d'un jeune homme bien charmant. Un chanteur du Bas-du-Fleuve. Qui connaît du succès surtout en France. Qui tourne un film en ce moment, quelque part sur l'Îles-d'Orléan. Waitress ne reste pas insensible aux sourires du Chanteur de Pomme. Et le Patron, un peu cocktail, en parle avec M. Frisé.

- T'es célibataire, Waitress ?
- Voui.
- Ben, il te trouve cute aussi. Faudrait arranger de quoi. J'vais m'arranger pour que tu sois en congé le 16 prochain, il joue à Québec, tu viendras.

Waitress rouge tomate s'enfuie. J'ai quelque chose à faire en cuisine. Merde. Merde. Merde.

Tout le monde qui boit. Beaucoup. Je ne cesse de remplir les verres. Le couple d'amis quitte le bistro, ils sont trop saouls. L'heure est au sommeil pour eux.

Patron et M. Frisé m'invitent à m'asseoir à leur table. Je me prends un autre verre. On jase, on boit, on fume des clopes en écoutant de la musique. Finalement, tout le monde me règle à 1h00. Grosses factures, pourboires généreux.

Seule avec Patron, je poursuis la fermeture. Une fois que tout est terminé, il me tend un autre verre de bière. Le cinquième. Merde. J'ai ma voiture. Et c'est moi qui ferai l'ouverture le lendemain. Mais j'accepte. On s'assoit côte à côté au bar. Patron en état très avancé. Me fait du charme. Finit par me dire qu'il m'adore. Il est temps que Waitress reparte chez elle. Après l'avoir incité à la prudence sur le retour à la maison, je referme la porte derrière moi.

*
Lendemain légèrement pénible. Je me sens fatiguée. J'ai atterri dans mon lit à 2h30 du matin. En voyant la tête du Patron, j'ai l'impression d'être en pleine forme. Il sent encore l'alcool. Et m'apprend qu'il a dormi sur une banquette du restaurant. Que sa femme est bien fâchée. Qu'elle croit qu'il l'a trompée. Waitress fait le reste des déductions. Avec moi. MOI. Merde. Merde. Merde.

dimanche 28 octobre 2007

Des principes de Waitress

Vendredi. Waitress se pointe au bar, pour participer à la fin du cinq-à-sept. Assise au comptoir, je commande une bière, question de ne pas exagérer autant que la semaine précédente. Les gins & tonic, c’est traitre.


Al Bee m’accompagne, se tient à ma gauche. Nous nous relatons les diverses aventures de la semaine. Mon boulot et les hésitations, M. Magazine et l’envie de mourir sur place. Il me raconte la belle S. qui lui torture le cœur, qu’il ne veut plus revoir pour un temps. Arrive une série de shooters, gracieuseté la Barmaid. La traditionnelle tournée des « Amis du vendredi ».


Al Bee me présente son voisin, Pit. Une connaissance. Il discute avec nous, on déconne. Sur leur pseudo sortie de prison pour le week-end, de ma condition de dinde qui commence à freaker à l’approche de Noël.


20h17. Al Bee doit quitter, rejoindre une autre amie à qui il a promis de faire les courses.

- Tu fais quoi ensuite, Waitress ?
- Aucune idée encore, pas de plan pour la soirée.
- Moi je vais repasser plus tard. Penses-tu rester ici ?
- Sais pas, j’irai peut-être en haute-ville.
- Laisse un message sur le répondeur si tu vas ailleurs.


Je vais appeler Copine. Répondeur. Plus tôt, je lui ai laissé un message comme quoi je serais au bar, une invitation à me rejoindre. Elle ne viendra pas.


De retour à mon tabouret, une vodka attend à côté de ma bière. Chin-chin, Pit. Nous conversons à propos du service, métier qu’il a pratiqué pendant de nombreuses années. Jusqu’à écœurement. Il a alors entrepris une formation en boucherie. A vécu sa jeunesse dans un chalet près de ma ville natale. Nous en parlons. Puis, la littérature et le cinéma passent. Nos goûts sont souvent similaires. Conversation intéressante.


Nous montons au deuxième étage, où il y a moins de monde et moins de bruit. Vodka, vodka, bière. Je finis par me retourner et constater qu’Al Bee est de nouveau à mes côtés. On déconne un peu, lui me regarde avec de grands sourires.


Pit se rapproche de plus en plus de mon corps. Frisson. Sa main saisit la mienne. Il s’approche et m’embrasse. Ses lèvres pulpeuses sur les miennes. Frisson. Je me retire un peu. Il revient, n’ai pas la volonté de résister. Me propose d’aller chez moi.


- Non.


Il insiste, j’ai envie de flancher. Il m’embrasse encore, me mordille le bras. Chair de poule.


- J’aimerais te faire l’amour.
- Moi aussi. Mais, non.


Je sors fumer une cigarette avec Al Bee. Lui raconte ce qui se passe.


- Pourquoi tu dis pas oui ?
- Parce qu’il est tellement en couple.
- C’est pas ton problème.
- Je sais. Mais j’veux pas m’immiscer dans cette histoire-là.


Il me fait un colleux, me flatte les cheveux. Retour à l’intérieur. Pit poursuit son manège. Me murmure des obscénités au creux de l’oreille, m’embrasse, me mords. Sa main conduit la mienne à son entrejambe. Érection. Je me tasse, fais de gros yeux. Non. Non. Non.


Je commande deux gins d’un coup. Bois le premier en deux gorgées. Il sait maintenant que je ne changerai pas d’idée. Quitte le bar. Je bois l’autre verre doucement, les yeux rivés sur le comptoir. Last call. C’est à mon tour de partir.


Tôt samedi matin, je me suis réveillée. Encore cocktail. Un goût amer dans la bouche. Sans savoir pourquoi, je me doute qu’il m’aurait fait l’amour doucement. Qu’il aurait su dévorer mon corps, que nos gestes auraient gagné en agressivité. Que s’aurait été bon. Il aurait remis ses vêtements. Appeler un taxi pour regagner son appartement. Et sa copine.


Mais j’exige une cuillère après l’amour.

dimanche 19 août 2007

Lâcher prise

Waitress et l’errance. Une soif sans limite dans le gosier. Dès que j’ouvre les yeux, hésitation. Lait ou Amarula pour accompagner le café ? J’ai de la visite et je profite de leur tournette à la salle de bain pour remplir mon verre à nouveau. Au bar, j’enfile les gins version haute vitesse. On ne me fait plus payer au fur et à mesure, et j’apprends ensuite qu’en deux heures, j’en ai mis onze dans mon corps. Pourtant, je marche droit, pas saoule, ni désagréable.

Les jours de congés, le temps passe avec les divers cocktails. Un bar perpétuel chez moi. Au frigo, bière, vin blanc, gin, vodka, Amarula. Jus d’orange, de canneberge et tonic water se tiennent à côté. Dans l’armoire au-dessus du poêle, vin rouge, triple sec et abricot brandy. Le congélateur n’en finit plus de me fabriquer des glaçons.

Pourtant, aucune tristesse chez Waitress. Juste une soif. Je ris sans masque, j’ai du plaisir à côtoyer amis et collègues de travail. J’aime mon boulot. Mon appartement. Mes activités. Et cette envie d’alcool incessante.

En même temps, cette haine du corps. Il prend trop d’espace, il recouvre trop le cœur. Je mange parce qu’il le faut bien. Culpabilité chaque fois. Je monte sur la balance. Horreur. Je deviens obsédée par la nourriture. La raison qui trouve le tout si stupide, qui sait que je suis à la limite de la minceur et de la maigreur. Les yeux qui voient de grosses fesses, de grosses cuisses dans le miroir. Qui n’existent pas. Une division en mon être. Le rationnel contre l’anxiété. Et la Waitress qui se sent stupide, stupide, STUPIDE !

Comme une gamine. Qui réclame un peu d’attention, qui a besoin d’une paire de bras chauds et d’un murmure à l’oreille. « Tout ira bien, t’inquiètes ». Pour que cesse le tourment. Faire confiance. Lâcher prise.

vendredi 8 juin 2007

Retour à la case départ

Jeudi soir, j'ai rendez-vous avec Charmant Garçon au bar, à 22h00. J'y ai déjà un rendez-vous à 18h30 avec une copine que je n'ai pas vu depuis un certain temps.


À l'arrivée de Charmant Garçon, Waitress est un peu paf. Coc-ke-tail comme dirait le Jeune Homme. Je m'enfile deux autres gin tonic pendant qu'il boit sa première bière.


- Je ne suis pas supposé être ici, je me suis fait remplacer pour ce soir, j'avais oublié.

- Veux-tu aller ailleurs ?

- On pourrait aller à La Cuisine, si ça te dit.

- Go.


Nous nous installons à une table. Commande un pichet de rousse. Très joli et original le concept de la bière dans un arrosoir, ça me plaît. Plusieurs personnes autour boivent aussi de la bière, la musique est bonne, le staff plutôt sympa. Waitress décide alors de foncer.


- Je peux te poser une question ?

- Ben... oui.

- Est-ce que t'as juste l'intention de me baiser pendant un bout ou tu voudrais me connaître ?


Charmant Garçon s'étouffe avec sa bière.


- Euh...

- C'est cru, c'est sec, mais désolée, je suis comme ça.


CG prend quelques secondes pour réfléchir.


- Si je voulais juste te baiser, on ne se verrait plus déjà.


Élan de joie dans le coeur de Waitress. Il ouvre encore la bouche.


- Mais je sais que je ne suis pas prêt à m'engager pour l'instant.


Élan de désespoir dans le coeur de Waitress.


- Est-ce qu'il y avait une bonne réponse ?

- Non. Juste la réponse honnête.


Je fais semblant de rien, pose d'autres questions, change de sujet. À la fin du pichet, Charmant Garçon m'accompagne jusque chez moi. Une autre nuit ensemble, aussi agréable que les autres.


Mais aujourd'hui, Waitress a de la peine. Elle sait que Charmant Garçon ne l'aime pas, qu'il ne l'aimera jamais. C'est juste du temporaire, un bon moment à passer avec lui.


J'ai une énorme carapace. Depuis plusieurs années, personne ne l'a percée, personne n'a vu ce qu'il y avait derrière. On se protège comme on peut, on évite de mettre du sentiment. Pas de désir, pas de peine. Le coeur léger et vide et sec à perpétuité.


J'avais oublié. Waitress se ferme à nouveau. Et pour plus longtemps encore.

mercredi 6 juin 2007

Des soupers trop arrosés de Waitress

Lundi. Waitress commence sa journée, avec un café et une cigarette devant son ordinateur. Je viens d'apprendre que je ne travaillerai pas le soir même à l'Île, congé forcé. Lui aussi. Je ne réfléchie pas plus longtemps et lui envoie une invitation à souper.

À 14h00, tout est décidé. Au menu: Poulet farcit aux épinards et au fromage de chèvre, purée de pommes de terre sucrées aux pommes et aux pacanes avec des asperges en accompagnement. Quelques fromages en entrée, une bouteille de blanc à l'apéro et une autre de rouge pour le repas. Charmant Garçon cognera à la porte dans quatre heures. Ce qui signifie bientôt. Ranger l'appartement. Faire les courses. Et entamer les préparatifs du souper. En plus de me mettre belle. Une véritable course.

Ma mère me téléphone. Une heure et demie de moins pour tout faire. Époussetage, balayeuse, lavage de plancher. À 16h45, tout est propre. J'ai même classé les vêtements de mon garde-robe selon les couleurs. Je m'attache les cheveux, enfile un jeans et une camisole rayée très jolie et qui me donne un semblant de poitrine et je saute dans ma voiture.

À l'épicerie, je commence à être nerveuse. Et si je rate le repas ? Pire, s'il arrive chez moi pendant que je tâte du poulet et qu'il décide de partir ? Vite, vite, vite, Waitress arrive à la caisse en joggant, bouscule une vieille femme qui me menace de sa canne et je zigne de la patte pendant que le commis emballe mes achats. SAQ maintenant.

Je veux une bouteille de Vino Verde pour l'apéro et une autre d'un vin espagnol que j'adore. Je cherche partout, je ne les vois pas. Bon. J'accroche un conseillé, lui parle de mes deux bouteilles et demande où elles se trouvent.

- Désolé Mademoiselle, nous sommes en rupture de stock.
- Quoi ?
- Je n'en ai plus.
- Merde !

Waitress panique.

- Bon. Écoutez, monsieur. J'ai un souper ce soir, faut que j'impressionne quelqu'un. Mon menu sera fantastique. Pas question que je le gâche avec un mauvais vin. Donnez-moi quelque chose de merveilleux, je me fiche du prix ! Que ce soit bon, c'est le seul critère.

À la caisse, je paie mes achats. Je me plante avec ma grosse sacoche, mes 4 sacs d'épicerie et celui de la SAQ. Un homme de plus de 55 ans me regarde.

- Vous allez prendre l'autobus, mademoiselle ?
- Non, je prends pas l'autobus, que je lui dit, mon porte-clés entre les dents.
- Je vais aller vous conduire chez vous.
- Non, non, j'ai ma voiture.
- Attendez-moi, je vais vous aider à amener vos sacs à l'auto.
- NON ! Bonne fin de journée.

Je cours sous la pluie jusqu'à ma voiture, passe près de me faire écraser par un maniaque qui ne s'attendait pas à me voir passer. Ouvres tes yeux, p'tit criss. Vite, vite, je vais être en retard. Je stationne Ginette le plus rapidement possible, accroche la chaîne de trottoir. Deux points.

Je cours partout dans la cuisine, coordonne toutes les étapes. Il cogne à la porte. Zut. Je suis pas peignée. Même pas maquillée ! Merde, tant pis. On cuisine ensemble, en se disant des niaiseries. J'ouvre la bouteille de blanc. Une fois terminée, nous passons à table et j'entame le rouge.

La nourriture est excellente, le vin aussi. On entre un peu dans les confidences, on discute de notre enfance. Nous passons au salon pour finir le vin. Musique, chandelles, ambiance feutrée. J'offre un café alcoolisé. Un peu avant 23h00, il propose d'aller chercher de la bière au dépanneur. Nous revenons avec une caisse de six et du vin blanc et mes pieds sont nus. J'ai cassé mes sandales en route, les ai laissé au coin d'une rue.

On jase, on boit, on jase. À 1h30 du matin, je suis saoule. Lui aussi. Il parle beaucoup, j'essaie de l'embrasser. Il se tasse. Merde. Je ne l'intéresse pas. Il m'embrasserait sinon. Je refais le test un peu plus tard, même résultat.

Ensuite, les choses sont floues. Nous étions nus au salon. J'ai ramené des condoms. Nous avons fini par atterrir au lit. Vers 7h00 du matin, nous nous sommes endormis.

Au réveil, en plein après-midi, j'ai constaté les dégâts. Dans ma chambre, des enveloppes de condoms vides partout. Un tiroir sur le plancher. Mon vibrateur à côté du lit. Je me lève. J'ai mal partout. Aux jambes, aux bras. Une brûlure sur la main gauche. Une autre sur la droite. À la cuisine, de la vaisselle partout. Des vêtements. Au salon, les chandelles ont coulé. La lampe n'est pas éteinte. Des verres, des bouteilles. Encore des enveloppes de condoms vides. Et un putain de mal de tête.