dimanche 28 octobre 2007

Des principes de Waitress

Vendredi. Waitress se pointe au bar, pour participer à la fin du cinq-à-sept. Assise au comptoir, je commande une bière, question de ne pas exagérer autant que la semaine précédente. Les gins & tonic, c’est traitre.


Al Bee m’accompagne, se tient à ma gauche. Nous nous relatons les diverses aventures de la semaine. Mon boulot et les hésitations, M. Magazine et l’envie de mourir sur place. Il me raconte la belle S. qui lui torture le cœur, qu’il ne veut plus revoir pour un temps. Arrive une série de shooters, gracieuseté la Barmaid. La traditionnelle tournée des « Amis du vendredi ».


Al Bee me présente son voisin, Pit. Une connaissance. Il discute avec nous, on déconne. Sur leur pseudo sortie de prison pour le week-end, de ma condition de dinde qui commence à freaker à l’approche de Noël.


20h17. Al Bee doit quitter, rejoindre une autre amie à qui il a promis de faire les courses.

- Tu fais quoi ensuite, Waitress ?
- Aucune idée encore, pas de plan pour la soirée.
- Moi je vais repasser plus tard. Penses-tu rester ici ?
- Sais pas, j’irai peut-être en haute-ville.
- Laisse un message sur le répondeur si tu vas ailleurs.


Je vais appeler Copine. Répondeur. Plus tôt, je lui ai laissé un message comme quoi je serais au bar, une invitation à me rejoindre. Elle ne viendra pas.


De retour à mon tabouret, une vodka attend à côté de ma bière. Chin-chin, Pit. Nous conversons à propos du service, métier qu’il a pratiqué pendant de nombreuses années. Jusqu’à écœurement. Il a alors entrepris une formation en boucherie. A vécu sa jeunesse dans un chalet près de ma ville natale. Nous en parlons. Puis, la littérature et le cinéma passent. Nos goûts sont souvent similaires. Conversation intéressante.


Nous montons au deuxième étage, où il y a moins de monde et moins de bruit. Vodka, vodka, bière. Je finis par me retourner et constater qu’Al Bee est de nouveau à mes côtés. On déconne un peu, lui me regarde avec de grands sourires.


Pit se rapproche de plus en plus de mon corps. Frisson. Sa main saisit la mienne. Il s’approche et m’embrasse. Ses lèvres pulpeuses sur les miennes. Frisson. Je me retire un peu. Il revient, n’ai pas la volonté de résister. Me propose d’aller chez moi.


- Non.


Il insiste, j’ai envie de flancher. Il m’embrasse encore, me mordille le bras. Chair de poule.


- J’aimerais te faire l’amour.
- Moi aussi. Mais, non.


Je sors fumer une cigarette avec Al Bee. Lui raconte ce qui se passe.


- Pourquoi tu dis pas oui ?
- Parce qu’il est tellement en couple.
- C’est pas ton problème.
- Je sais. Mais j’veux pas m’immiscer dans cette histoire-là.


Il me fait un colleux, me flatte les cheveux. Retour à l’intérieur. Pit poursuit son manège. Me murmure des obscénités au creux de l’oreille, m’embrasse, me mords. Sa main conduit la mienne à son entrejambe. Érection. Je me tasse, fais de gros yeux. Non. Non. Non.


Je commande deux gins d’un coup. Bois le premier en deux gorgées. Il sait maintenant que je ne changerai pas d’idée. Quitte le bar. Je bois l’autre verre doucement, les yeux rivés sur le comptoir. Last call. C’est à mon tour de partir.


Tôt samedi matin, je me suis réveillée. Encore cocktail. Un goût amer dans la bouche. Sans savoir pourquoi, je me doute qu’il m’aurait fait l’amour doucement. Qu’il aurait su dévorer mon corps, que nos gestes auraient gagné en agressivité. Que s’aurait été bon. Il aurait remis ses vêtements. Appeler un taxi pour regagner son appartement. Et sa copine.


Mais j’exige une cuillère après l’amour.

vendredi 26 octobre 2007

So fashion

Waitress marche sans presse dans la rue. Il fait déjà noir. L'air est froid dans mes poumons, la lune bien ronde entre les immeubles. Direction dépanneur, question d'acquérir de nouveaux bâtons de tabac et de remettre ma location vidéo.

Avec ses milliers de néons trop éblouissants et le mouvement qu'on distingue par les deux grandes fenêtres entourant la porte, le petit commerce ressemble à une promesse de vie et de chaleur dans la nuit.

À la caisse, un homme discute avec le commis.

- J'suis content, je vais pouvoir faire mon lavage.
- Good. Bonne soirée, Monsieur.


L'homme porte de gros bas de laine gris dans des pantoufles vertes et bleues. Assorties à son vêtement de nuit. Continue de parler de sa lessive.

Je me dirige vers le fond du dépanneur, question de voir si un bon film ne m'attend pas sur les rayons. Un autre homme, aussi en pyjama. Avec des bottes de construction dans les pieds. Eh.

Je règle mon achat, et comme je pousse la porte, arrive une femme dans la quarantaine. Avec une jaquette bleue pâle, un peignoir, bas de laine et running shoes.

Le matin, je ne me serais pas posée de question. Mais à 18h00, rencontrer trois personnes qui ne se connaissent pas, habillées pour dormir pour se rendre au dep, je trouve ça louche.

Je n'ai pas feuilleté de magazine de mode depuis un moment déjà. Ma dernière visite au centre commercial remonte à longtemps aussi. Serait-ce une nouvelle mode ? Pourquoi personne ne m'a avertie ?

Après le boulot, je ne prends pas de chance. J'irai acheter le Elle Québec et le Clin d'Oeil avant de me rendre chez La Senza. Ou chez Sears, selon les recommandations des bibles de la mode.

Chose certaine, j'arrête de refaire mon maquillage pour aller au dépanneur. J'veux surtout pas avoir l'air complètement out.

jeudi 25 octobre 2007

Du désenchantement

Waitress se prépare pour le travail. Sous la douche, je me mets à trembler. Je me sens nerveuse, comme à tous les matins. Tente de me raisonner en me parlant à voix haute « Ça va bien aller, calme-toi ». En fait, j’aurais plutôt envie de me rouler en boule dans mon lit et de ne pas répondre au téléphone lorsque le patron me cherchera. Disparaître, faire la morte pour lui.


Dans la voiture, mes muscles se contractes sans que j’y mette de volonté. Monte le son, allume une cigarette et je gueule sur la musique. Ça passe.


J’entre au restaurant. Vais déposer mon manteau, mon sac au sous-sol. Ça recommence. Et là, ça ne me quittera plus. Je prends les informations sur le menu du jour, vérifie ma section, termine la mise en place en surveillant la porte. À midi pile, je sais que je serai dans la merde.


Ma section se remplie d’un coup. J’apporte les verres d’eau, les apéros, prends les commandes. J’ai des entrées qui sortent sur le passe, ma collègue vient de partir avec les paniers à pain que je m’étais préparée, un câlis de capuccino à faire, des desserts à réchauffer et décorer, une facture à remettre et je vois que j’ai deux nouvelles tables d’arrivées.


Patron m’accroche pour me dire que c’est trop long à la 24. Que j’ai fait passer la 22 avant. Merde, ils m’ont donnée leur commande en rentrant dans le resto, les autres savaient pas encore ce qu’ils voulaient !


13h27. Ne reste plus que quelques clients qui sirotent leur thé vert. La tension retombe, j’entreprends le ménage. Avec le sentiment d’être nulle, pas à la hauteur.


Et ainsi, cinq jours par semaine. J’ai des cauchemars où on m’attaque, me menace, je dors mal. Je m’éveille en sachant que je vais aller vivre deux heures sur la corde raide. J’ai beau me dire que je m’en vais « jouer » au restaurant, ça reste quand même. Le chef avec son air bête, sa tendance à ne pas me répondre quand je pose une question. Le lundi, alors que Patron est absent, il me pète des coches parce que je prends les commandes trop vite. Le mardi, Patron me pète des coches parce que je ne prends pas les commandes assez vite.


Mon nouveau boulot ? Je sais pas. Je me demande si je dois laisser une chance ou bien déguerpir au plus sacrant. Parce qu’aujourd’hui, j’ai de profonds cernes noirs sous les yeux. Et j’commence à faire des boutons.

mardi 23 octobre 2007

Journée merdique d'octobre

Encore une nuit agitée. Je suis sur le canapé, endormie, lumières et télévision ouvertes. J’entends quand même ce qui se dit à l’écran. Une voix de petit garçon. Qui présente la météo. Allez savoir pourquoi, Waitress a la trouille. Terrifiée par un présentateur de météo, âgé de six ans. J’entends un bruit, qui provient de la porte d’entrée, située à la gauche du sofa. Quelqu’un qui entre chez moi. Je ne dors plus, mais garde les yeux clos. Trop peur de voir ce qui se passe. Sens la personne se déplacer, passer devant mon corps. Ou plutôt je le devine aux frottements de ses vêtements. L’inconnu s’assoit sur le divan, près de mes jambes. Waitress attend la suite. On soulève un bâton. Pour me frappe derrière la tête.


J’émerge du sommeil. Je suis sur le canapé, lumières et télévision ouvertes, allongée dans la même position que dans le rêve. Le cœur qui bat fort, je ne veux pas regarder autour de moi. Au cas où il y aurait quelqu’un. Je me raisonne après un moment, vais me coucher dans mon lit. Le même rêve une autre fois au cours de la nuit.


À 11h00, je quitte l’appartement pour me rendre au travail. Cigarette aux lèvres, Metric dans les oreilles. Sur le chemin St-Louis, tout prêt du restaurant, une voiture surgit d’une allée, me coupe le chemin. Au lieu d’avancée, elle s’arrête dans la rue. Demeure immobile. J’écrase la pédale de frein. Ma Sunfire glisse sur l’asphalte mouillée, un coup de volant à droite. Certaine d’emboutir le derrière de l’autre, je m’arrête à quelques millimètres de lui.


Les mains tremblantes, je me présente au travail. Le patron m’apprend que sept journalistes viennent luncher chez nous, que je m’occuperai d’eux. Pas de problème. Puisqu’ils arriveront d’ici peu, je tente de me ressaisir. Avec plus ou moins de succès. Toujours parcourue de tremblements, la bouche sèche. Ils arrivent. Prennent l’apéritif. Un deuxième. Ils attendent l’arrivée d’un retardataire. Tandis que je sers une autre table, Monsieur Magasine se pointe. (Voir ici et là)Merde. Merde, merde, merde.

Patron m’accroche pour me dire qui il est.


- Je sais.
- Une ancienne flamme ?
- Non.
- J’espère que l’histoire s’est bien finit, faudrait qu’il parle en bien du resto…


Dès qu’il me voit, il se lève, m’embrasse les joues, demande de mes nouvelles.


Les mains tremblantes, j’ouvre les bouteilles de vin, en fait le service, apporte les corbeilles de pain, les entrées sous l’œil calculateur de M. Magasine.


Malgré la nervosité, tout se passe bien. Waitress retire les assiettes vides, remplit les verres de vin, ajuste les couverts. Puis, le voisin de M. Magasine m’accroche par le coude.



- Mademoiselle, vous savez que le beau jeune homme ici est célibataire ?


Waitress bégaie. Merde, merde, merde. POURQUOI MOI ?


M. Magasine me demande si je passe l’hiver dans ce bistro.


- J’en suis à ma première semaine, je sais pas encore.


Premier à quitter la table pour poursuivre sa journée de travail, le garçon me fait à nouveau la bise en ajoutant qu’on se reverra bientôt. Sûrement, oui…


Avec un chef à l’air bête, aux réponses cinglantes, avec la pluie et le fait que ce n’est que le deuxième jour de la semaine, c’est ce que j’appelle une journée de merde.


Et en passant. Les journalistes, ça mangent et boient comme des porcs.



lundi 22 octobre 2007

Agitation

Dans la nuit de samedi à dimanche, j’ai fait un rêve étrange. De ceux qui vous fichent le cafard longtemps, même après une nouvelle nuit vide. Waitress déteste ce genre de songe. Comme s’ils annoncent de grosses briques à prendre sur la tête. Impuissance. Angoisse.

Janvier ou peut-être février. Une journée noire et froide. Ce n’est pas seulement l’hiver; je me sens attaquée par la température, même la Nature m’en veut. Une sorte de menace. Je marche dehors. La lune éclaire le chemin, mon haleine se transforme en buée. Je m’arrête devant une petite maison. Par l’unique fenêtre, je vois la lumière d’une bougie. Du mouvement. Puisque je grelote, je décide d’y entrer.

À l’intérieur, un vieux plancher, des poutres au plafond. Des meubles massifs partout, des livres recouverts de poussière. Je m’assois à la table et je regarde les dessins que forment les nœuds du bois. Lorsque je relève la tête, une femme se trouve en face de moi. Une cousine que je n’ai pas vue depuis quelques années. Les yeux exorbités, le visage plissé par la colère. Elle lève la main, me pointe de l’index. M’apprend qu’elle veut me tuer. Je tente de discuter avec elle, mais ça ne mène à rien. Je sais qu’elle mettra ses menaces à exécution. Je me sauve de la maison.

Retour à l’extérieur. Je courre dans la neige, il n’y a plus de lumière, je ne vois plus du tout où je vais. « L’hiver m’attaque, l’hiver aussi veut me tuer ». Je me répète cette phrase en boucle.

Je finis par arriver devant une autre maison. Là, c’est un feu de foyer que j'apperçois par la fenêtre. J’y entre. Les murs sont couverts de cadres. Différents de taille, de couleurs, de motifs. Et tous vides. Juste du noir ceinturé de bois. La propriétaire des lieux les montrent à un groupe de femmes qui se trouvent là. Mes yeux rivés sur un cadre double, teint en bleu et sans détail. « Je ne pourrai pas m’y cacher ».




Et je me réveille. Avec cette angoisse dans la poitrine qui me tient depuis deux jours.

dimanche 21 octobre 2007

Opération sauvetage

Cadran. Dimanche, 7h30. Dernier déjeuner à l’île. Désormais, le restaurant ne sera plus ouvert que du mercredi au samedi soir. Snooze. Encore dix minutes de sommeil. Alors que ma tête revient sur l’oreiller, un hurlement de chat. Ils se battent ensemble, une fois de plus. Un autre cris, encore plus puissant. Pas normal, quelque chose cloche. Comme s’il y avait du désespoir plus que de la colère dans ce que j’ai entendu. Ça provient du bout de mon lit.


Sur le plancher, deux chatons, les femelles. Voulant les éloigner, je saisie un des deux corps. L’autre suit. Bordel, elles sont féroces ce matin. Je tire dessus pour les séparer, les miaulements reprennent. Slap. On m’a chopée un doigt, ça fait mal, le sang apparaît. Les chats retombent sur mon lit. Je les observe quelques secondes. Elles ne se chamaillent pas. Elles sont coincées.


Tout autour de mon couvre-lit, il y a des franges. À force de passer à la laveuse et à la sécheuse, certains fils ont été tirés, d’autres se sont emmêlés. Les petites chattes au travers des paquets de nœuds. Elles respirent avec difficulté. Les cordes autour de leur gorge.


Waitress en panique. Mes doigts tentent de dégager leurs cous, mais tout est si serré que je n’y arrive pas. Je cours chercher les ciseaux au salon. De retour à mon lit, je constate que les deux corps sont retournés au plancher. Que ça ne bouge plus. Je les ramène vers moi. Elles ont déféqué. Merde, merde, merde. Grouilles Waitress, y’en a plus pour longtemps.


Les ciseaux, payés 1$, sont pourris. Les lames ne rompent pas les fils, et mon effort pour les insérés entre la peau et la corde font souffrir les minous. Je me fais mordre à nouveau. Un couteau, un couteau.


Je me rends à la cuisine, revient aux chats. Je coupe un fil, le retire du corps. Toujours coincé. Il y en a trois qui passent autour du petit cou. Je les romps, un chat de dégagé. L’autre, les yeux ouverts, ne bouge plus, ne respire plus. Waitress pleure, pleure, pleure, les liens sont si serrés que j’ai de la difficulté à les trouver. À force d’acharnement, je réussis à les retirer. Un chat tout mou contre ma poitrine.


Je sens le cœur battre. Une pulsion espacée de plusieurs secondes. Le pouls qui s’accélère, la respiration reprend. Une petite chatte épuisée contre moi, mais bien vivante.


Ce matin, Waitress n’a pas eu besoin de café.

mercredi 17 octobre 2007

Le clan lesbien

Française au téléphone, la voix nerveuse. Me demande de l’accompagner pour un souper dans un restaurant du Vieux-Port. Avec trois de ses copines, dont la Chanteuse. Une femme charmante qui lui plaît beaucoup, de là sa fébrilité. Elle craint de faire des gaucheries, de casser de la vaisselle sans le vouloir. J’accepte.


Quelques heures plus tard, sa voiture s’arrête devant l’appartement. J’entre à bord et vois tout de suite qu’elle stresse à l’idée de se retrouver auprès de l’objet de ses désirs. Je tente de la rassurer, de lui faire comprendre qu’il ne peut pas arriver grand-chose de bien terrible. Rien à faire. Elle conduit comme une folle, sa voiture qui zigzague entre la voie de gauche et celle de droite pour arriver à l’heure. C’est-à-dire avec trente minutes de retard.


Arrivées à l’Inox, nous prenons une bière avec Chanteuse et Matante avant d’aller au resto, où la P’tite Rockeuse nous attentant depuis quarante cinq minutes. Nous nous attablons, disons des niaiseries avec la serveuse, une amie aussi.


Française, avec toute son agitation, rit comme une loutre, ce qui dérange les autres clients. Reste que le plaisir est là; ça déconne, ça jase, la nourriture et le vin sont bons.


Tandis que je raconte une anecdote, LA question tombe.

- Es-tu lesbienne ?


Je n’ai jamais été amoureuse d’une femme. Je ne crois pas, donc. Cette question ne me dérange pas en tant que tel. Ce que je ne comprends pas par contre, c’est la raison de la poser. Lorsque je me trouve avec des hétérosexuels, on ne me demande pas mon orientation sexuelle. En compagnie de garçons gays non plus. Mais les lesbiennes me le demandent à chaque fois que je les rencontre. Pourquoi ? Est-ce que ça vient vraiment changer quelque chose à la personne que je suis ? À la conversation que nous tenons ? Peut-on simplement se côtoyer en toute amitié ou faut-il absolument définir les cadres qui nous entourent et les possibilités de couchettes ?


Parce que chaque fois que j’ai eu à répondre que je suis hétérosexuelle, on me regarde ensuite avec dédain. Pourquoi ? Quelques minutes avant, j’étais pourtant une fille sympathique. On m’exclu alors un peu des conversations, on ne me pose plus de questions.


Waitress devient alors pâle et sans intérêt. Un peu tannant.

lundi 15 octobre 2007

Un lundi d'octobre

Le Jeune Homme sort à peine de chez moi. Une belle journée, une belle soirée comme il n'en a pas eu depuis longtemps.

Aujourd'hui, lundi, premier jour à l'essaie à mon nouvel emploi. L'entrevue de la semaine dernière s'est finalement bien déroulé. Le patron du resto a à peine regardé mon CV, ce qui m'a donnée un bon coup de main. Je lui ai fait comprendre que je sais m'adapter à toute situation et que je connais bien mon métier, même si je le pratique depuis moins de deux ans. Il m'a crue, m'a fait confiance, ce qui m'a été bénéfique ce midi, alors que nous attendions quinze clients et que s'en est pointé plus que le double de nos espérances.

Au retour du boulot, je devais joindre Joli Minois pour un rendez-vous. Une voix nasiale au téléphone, il est grippé. Dur. Trop pour qu'il lui soit possible de me rencontrer. Puisque la dernière fois qu'il devait me voir il était trop fatigué, je me dis que cette histoire ne mène à rien. Je choisie de mettre une croix dessus. Tannée des espérances. J'ai mieux à faire. Waitress du vent à nouveau, des histoires sans queue ni tête, du ballottement. Rien à faire des emmerdeurs.

Jeune Homme qui me propose de le rejoindre à son boulot, sur une rue piétonnière du Vieux-Québec. Je le rejoins avec seulement quinze minutes de retard. Prêts pour un souper au Moine Echanson, question de découvrir de nouveaux fromages et charcuteries du terroir. Un lieu où l'on peut même boire du vin d'ici, tellement bon que mes propres préjugés tombent.

Nous marchons sur la rue St-Jean, animée par quelques touristes égarés. Au Carré d'Youville, trois bonshommes de neige nous attendent, l'air heureux. La patinoire est ouverte, un tas de neige font juste à côté. J'ai une envie de bagarre de boule de neige, envie non partagée. J'opte donc pour l'abstinence.

Un peu plus loin sur St-Jean, le resto est fermé, de retour mercredi. Merde.

- Jeune Homme, on fait quoi ?
- J'sais pas trop. J'ai une envie de sushis debord.

Nous convenons d'un établissement pas trop loin du Drague. J'en ai entendu de bons commentaires. L'endroit est malheureusement fermé. Nous parlons de la possibilité d'aller au Blue Grill, où nous ne sommes jamais allés. Nouvelle expérience. Tandis que nous marchons, Jeune Homme propose d'aller cogner chez le Maiken. Pourquoi pas ? Je me mets un peu de baume à lèvre, juste au cas.

Je cogne à la porte du dit Maiken. Qui répond, clop en bouche, vêtu d'un pyjama. "Fuck" et la porte se referme. S'ouvre à nouveau, comme une invitation à pénétrer dans l'appartement. Nous nous exécutons.

Trois personnes à une table du Blue Grill, désert. Nous discutons, de choses et d'autres. Moi, de Joli Minois qui me floche doucement, que je veux cesser de fréquenter. Du Jeune Homme et du Black & Blue. Du Maiken et de sa dernière fréquentation. Du Jeune Homme et de sa future date. Du célibat, du temps qui passe, de ma volonté à rencontrer un homme assez aisé pour m'emmener dans des cocktails dînatoire pour que je puisse me montrer en belle robe noire ou rouge sexy signée Chanel et boire des bulles.

La nourriture est infecte. Nous discutons quand même. le Maiken trouve la serveuse Jolie. Je ne suis pas d'accord avec lui, Ni souriante ni sympathique, elle fait son boulot comme si nous étions de trop dans la salle, pourtant vide.

Nous allons à l'épicerie, JH et moi avec une envie de tartare, le Maiken avec l'envie de faire les courses. J'y rencontre un ancien collègue de travail, smouck smouck, becs sur les joues, comment ça va.

JH et moi devant un tartare avec trop de mayonnaise chez moi. Infecte aussi.

Mais la Waitress avec un sentiment de bien être; l'impression d'avoir passé une journée où elle se sent un peu vivante, enfin.

Et le Joli Minois qui ne fera plus parti des préoccupations quotidiennes...

samedi 13 octobre 2007

Du manque d'organisation

Jeudi, environs cinq minutes avant qu’il soit l’heure de quitter l’appartement pour rejoindre mes collègues à l’Île-d’Orléan. Waitress en panique, les cheveux mouillés, pas maquillée, attendant que ses vêtements soient prêts à sortir de la sécheuse. Téléphone.


C’est Balou, avec sa voix post-calvados. Il m’apprend qu’il dîne avec un ami, propriétaire d’un restaurant dans le très cossus Sillery. Qu’il est à la recherche d’une serveuse le midi à temps partiel. Vingt secondes plus tard, j’obtiens un rendez-vous avec le patron du bistro pour le lendemain, à 14h00. Waitress toujours en panique, avec le sourire.


*

Vendredi, mes yeux s’ouvrent. Pas de téléphone qui sonne. Il doit être tôt. Une femme doit me joindre vers 10h30 pour obtenir mon adresse. Elle se choisira un chaton. Un de moins. On se rapproche de la paix.


À la cuisine, je prépare la cafetière. Mes yeux tombent sur l’heure. Eh merde. 12h47. Ne jamais se fier sur les inconnus pour se lever.


Il me reste une heure et dix minutes pour me présenter à l’entrevue. Mon CV n’est pas à jour. Mon imprimante est chez Jeune Homme. Je l’appelle. Répondeur. Je regarde sur MSN. Pas connecté. Merde, merde, merde. Je regarde dans ma boîte de courriel, peut-être que la dernière fois que j’ai fait mon CV chez lui, j’ai pensé à me l’envoyer pour conserver une copie de sauvegarde. Non. Pas fait. Merde, merde, merde. Et puisque j’ai un nouvel ordinateur, je n’ai même pas un vieux modèle d’il y a trois ans pour prendre de la vitesse.


Je trouve une copie papier du dernier que j’ai fait. Un peu chiffonné. Rendu là, on s’en fou. J’appelle Française.


- Je te réveille ?
- Un peu.
- As-tu une imprimante ?
- Oui, mais elle n’est pas branchée depuis que j’ai déménagé.
- Ok. Je peux passer chez toi pour imprimer ma lettre de présentation pour mon entrevue ?
- Ça ressemble à une fille qui manque d’organisation.
- Je sais, je sais. Je peux-tu ?
- Oui, je t’attends.


Vite fait, je rédige une lettre de présentation. Des conneries. Jamais je n’ai donné quelque chose d’aussi insipide à un employeur potentiel. Tant pis. Je regarde l’heure. 13h09. Waitress pas douchée. Je n’ai pas le temps de me préparer, de passer chez Française et d’arriver à l’heure au resto.


- Française ?
- Voui ?
- Je peux te demander un énorme, ÉNORME service ?
- Quoi ?
- Je peux t’envoyer ma lettre par e-mail pour que tu l’imprime et passes me la porter pendant que je me prépare ?
- Ish.
- Je t’en prie !
- Ok, ok.


J’envoie le document à ma copine et comme je m’apprête à entrer dans la douche, la sonnerie du tel.


- Waitress, ton Word est trop récent, je peux pas l’ouvrir.
- Merde, merde, merde. Je fais copier coller alors.


Waitress saute dans la douche, enfile un pantalon noir, une camisole noire et une veste noire à la vitesse de l’éclair. Le temps de me coiffer et de me maquiller, on cogne à la porte. 13h35. Française en boxer devant moi, un pli de drap sur la joue droite.


Elle me tend une feuille. Pépin. Gros pépin. Le texte, en tout petits caractères, prend à peine la moitié de l’espace en plus d’être enligné à droite. C’est laid. Très laid. Waitress a envie de chialer. Un CV pas à jour, froissé, avec une horrible lettre de présentation, autant au point de l’esthétique que du contenu. Waitress chiale un peu. S’excuse et dit merci. Française repart, je demande un taxi.


13h52. Waitress entre dans une belle salle à manger, aux murs orange brûlé et tangerine. Trois serveurs, jeunes, souriants.

Nerveuse, nerveuse.

mercredi 10 octobre 2007

Mise à mort, Part II

J’invite Joli Minois à la cuisine, où il découvre Française en pleine préparation du repas. Je me sens affreusement gênée; elle aurait dût être partie à son arrivée. Ainsi, il m’aurait été possible de mentionner qu’elle m’avait donné un coup de main, plutôt qu’il constate qu’elle a tout fait. J’offre une bière à JM, nous discutons tous ensemble.


JM : Tu restes souper avec nous ?
Française : Non, je finis ma bière et je me tire.
JM : Ben non, ça pas de bon sang, faut tu restes.
Française : J’ai quelque chose de prévu plus tard, je pourrai pas.
Waitress : Bha, tu prendras l’apéro avec nous, alors ?


Trois flûtes à champagne apparaissent, puis la bouteille de vin mousseux. JM fait une drôle de tête. Il vient d’apercevoir les deux bouteilles de vin. Un léger calcul le mène à la conclusion que j’ai l’intention de le saouler un peu, ce qui ne fait pas parti de ses habitudes en pleine semaine. Ni lors du week-end. Tchin-tchin, on trinque. Waitress nerveuse se retient de ne pas vider son verre d’un trait.


*


À table, devant le tartare de bœuf. J’attends une pause de conversation pour la première question. C’est parti. Nous discutons du fait que Joli Minois a invité son ex au souper de fête de sa mère, trois semaines plus tôt. JM en colère contre Waitress. Il la croit possessive et jalouse.



- Euh, non. C’est pas le fait que tu ais été avec elle qui me dérange. Plutôt le pourquoi tu as tenté de me le cacher.



*


Au plat de résistance, Waitress poursuit l’attaque. J’avance nos projets plutôt divergeant pour le futur, notre manière de vivre qui ne se ressemble pas.


- Waitress, j’ai l’impression que tu fais tout pour me décourager d’être avec toi.



Dans les dents. Quoi répondre ? Il a raison. Je commence à devenir amoureuse. Puisque je me doute que ce sentiment n’est pas partagé, je tente de faire en sorte qu’il me fuie. Je n’arrive pas à me convaincre de ne plus le téléphoner, à refuser ses invitations, à l’expulser de mon existence. Il faut que l’initiative vienne de son côté, au plus vite. J’aurai mal et ça passera. L’ennuie, c’est que je ne peux pas lui dire. Il me prendra pour une folle. À moins que ce ne soit déjà le cas ?


Waitress change de sujet.


*

Le brick aux pommes et au romarin sur la table. J’arrive à la finale.


- Si tu ne sais pas ce que tu veux avec moi, si tu hésites à ce point, JM, tu ne crois pas que c’est justement parce que ça ne t’intéresse pas, que tu devines que ça ne fonctionnerait pas nous deux ?


Renversement de situation. Ce devrait être le coup de grâce, le moment ou il avoue que j’ai misé juste, que nous devrions cesser de nous fréquenter. Il me retourne plutôt la question. Pense que je fais de la projection, que c’est plutôt moi qui hésite, envoie des messages contradictoires.



Et la Waitress d’avouer qu’elle devient amoureuse…


***

Une semaine plus tard, j’ai encore des nouvelles de Joli Minois. Nous nous voyons toujours. Et il n’a pas encore parlé. J’ignore ce qu’il pense, ce qu’il veut, ne veut pas. Et je me balade partout, ma tête coupée sous le bras.

samedi 6 octobre 2007

Mise à mort, Part I

Mardi, jour de congé #2. La Waitress ignore de quoi seront composées les prochaines heures. Une invitation au cinq-à-sept, l’obligation de faire des courses, peut-être une envie de ballade en voiture. Le soleil brille, l’air est chaud, la lumière jaunâtre de l’automne accentue les couleurs des arbres entourant la galerie de mon appartement. L’incendie s’insinue jusqu’à ma tête. La main qui se resserre plus fort sur la tasse de café, une pensée mauvaise pour le garçon que je fréquente. Nous nous voyons de façon régulière depuis plusieurs semaines, mais rien n’avance. Je veux provoquer quelque chose. Trop de question, trop de non-dit. Je déteste.


15h03. Waitress saisi le téléphone et compose le 1-800-JOLI-MINOIS. Il accepte mon invitation à souper, arrivée prévue pour 19h00. Il ne se doute de rien.


Je rejoins Collègue Française, question qu’elle m’aide à élaborer un menu.


- Pourquoi tu ne lui prépares pas juste quelque chose de simple, que tu peux faire toute seule ?
- Parce que je lui rentre dedans ce soir. Une question piège par plat, qui alimentera la conversation jusqu’au couvert suivant. Au dessert, il arrivera à la conclusion que ça ne peut pas fonctionner nous deux et il partira pour toujours.
- Un souper d’adieu ?
- Un souper mise à mort. À moins qu’il ne fasse une déclaration d’amour, mais ça n’arrivera pas.
- C’est cruel. J’adore le concept. Donne moi quinze minutes, j’arrive.


Je range l’appartement, commence à réfléchir à la discussion que je tiendrai avec Joli Minois. Faudra être délicate, il ne doit pas quitter avant la fin du souper. La nervosité me gagne, j’ouvre une bière. Une moto se stationne devant l’appartement, mon amie apparaît après 45 minutes. Le droit à la demi-heure française m’oblige au silence. Elle entre, lance sa veste de cuir sur le dossier du fauteuil, se rend au frigo et se saisi d’une bière. Nous nous observons un instant, elle avec un grand sourire, moi avec de légers tremblements.


- Et si tout va de travers ?
- Dans ce cas, Waitress, je viendrai prendre le dessert avec toi.


Breafing. Au bout de quelques minutes, le menu est fixé.



Tartare de bœuf
*
Filet de porc farci au chèvre et aux pommes, mini-ratatouille, mousseline de pomme de terre Yukon Gold
*
Brick aux pommes et au romarin


Nous allons faire les courses. Je courre dans les allées de l’épicerie pour gagner du temps, Française crampée et essoufflée derrière moi. Arrêt à la SAQ. Deux bouteilles de rouge. Et une envie de bulles. Pourquoi pas ? J'ai le droit de célébrer le fait qu'on me larguera ce soir. Je choisie donc un vin mousseux pour l’apéro.


Retour à l’appartement. 17h24. Je débouche deux autres bières. La Française entame les préparatifs du repas, tandis que je passe le balais, avant d’aller me changer.


Après une longue séance d’essayage, je me retrouve en jolie jupe rouge, avec une petite camisole noire.

- De quoi j’ai l’air ?
- C’est parfait, Waitress. Mais j’trouve que t’as l’air plus dépeignée que coiffée.
- C’est bien, j’ai toujours l’air de revenir de faire l’amour.


On cogne à la porte. Il a de l'avance.


Merde, merde, merde.

jeudi 4 octobre 2007

Retour

Suite à une période de spleen prolongée, la Waitress s'est retirée un temps de la vie en société. Puisque je remonte la pente de façon quasi spectaculaire depuis les derniers jours, j'annonce un retour pour la fin du week-end.

Histoire de garçon, de sexe, de travail. Préparez le pop-corn.

mercredi 5 septembre 2007

Pub

ATTENTION ATTENTION !!!!!!!!

Chatons nouveaux-messis à donner (3).
Ils seront prêts pour l'Halloween.
Si quelqu'un a besoin d'un chat de sorcière pour complèter son costume, je serai très heureuse de participer à la réussite de votre soirée. Et vous aurez un souvenir presque éternel de cette journée particulièrement importante de l'année....

ATTENTION ATTENTION !!!!!!!!

Waitress est à la recherche d'un emploi à temps partiel, disponible les lundi, mardi et mercredi. Je suis souriante, débrouillarde, rapide, dynamique et j'aime le travaille d'équipe. À qui la chance !!!!!!!!

vendredi 31 août 2007

Queue de poisson

Mardi, 15h00. La Waitress se réveille. Mal de tête en prime. Merde. J’arrive à la cuisine. Le bordel. De la vaisselle sur le comptoir, dans le lavabo, sur l’ilot. Je prépare la cafetière italienne pour ensuite partir à la recherche de mes cigarettes. Surement au salon. Là-bas aussi, le désordre. De ma tête à toutes surfaces de l’appartement, il s’est étendu. Pendant mon sommeil. Encore mes foutus Gremelins qui s’excitent.

Assise dans mon super fauteuil en velours or, en compagnie de ma tasse à café, d’un verre d’eau et de mes Advils, je tente de rassembler mes idées. Dur début de journée. J’ai invité Joli Minois à souper. Il se pointera vers 18h30. La préparation du repas devra être avancée et l’appartement impec. Choisir un menu. Simple à faire, je n’ai pas la tête aux trucs compliqués. Épicerie. Une bouteille de vin. Et le ménage. M’activer.

À 16h00, je reviens chez moi avec mes courses. Je pars une brassée de lavage, puis la vaisselle. Au bout de quinze minutes, je suis prête à débuter les préparatifs du repas. Écrasé de pois verts au citron. Je blanchie les zestes. Dans une casserole, je lance les petits pois, de la crème, du beurre, de l’ail et la pelure de fruit. Le temps que les pois décongèlent, c’est prêt. Je passe le mélange au robot pour en faire une purée grossière. Food Test. Zut, trop d’ail. J’ajoute le jus d’un pamplemousse pour voir. Le goût est en effet moins prononcé, mais toujours trop présent. On recommence, vite, vite, vite.

Deuxième essai : Parfait. Étape suivante : Ramasser tout ce qui traîne sur les meubles et planchers. Je regarde l’heure. Me reste trente minutes. Douche. Les vêtements mouillés dans la sécheuse. Quinze minutes. J’attaque le saumon.

Je réussis à trouver le papier d’aluminium dans le fin fond d’une armoire. N’a pas servit depuis longtemps. Je tire dessus pour le couper. C’est la fin du rouleau, je n’en ai plus assez. Merde, merde, panique totale, Waitress hurle comme une hystérique, une serviette sur les cheveux, en robe de chambre avec des restants de mascara de la veille étendu sous les yeux. Le téléphone sonne. Non, non, non.

- Oui ?
- Bonjour, c’est Joli Minois !
- Ahhhhhhhhhhhhhh. Ça va ?
- Oui, oui. Je quitte le travail, je vais chercher une bouteille de vin et j’arrive.

Non, non, pas tout de suite !

- Est-ce que tu as besoin de quelques choses ?
- Oui, une baguette de pain.
- Excellent. Je m’en viens.

Je m’habille à toute vitesse. Pas le temps de faire de tourniquet devant le miroir pour vérifier si j’ai l’air grosse, si le noir serait mieux et me changer vingt fois pour revenir à la première tenue. Un leggins noir et une petite robe rouge, c’est parfait.

Je monte chez le voisin d’en haut. C’est le héro du jour, il a du papier d’aluminium à me prêter. Je prends ce qu’il faut, redescends chez moi en courant. Je fabrique deux petites piscines avec le papier d’aluminium, place les filets de saumon. Ajoute du vin blanc, badijonne de pesto aux tomates, lance des amandes tranchées, de l’oignon rouge, des tomates cerises, aneth et estragon. Bon. Ne restera plus qu’à mettre le tout au four. Dans un plat je mets un peu d’huile d’olive, de thym, d’herbes italiennes et d’aneth avant d’ajouter des tranches de courgettes jaunes tout en fouettant de la crème pour le dessert.

Ok. Récapitulons. Je mettrai les courgettes au four pour vingt minutes. Le saumon quinze. Je ferai sauter des haricots verts et du poivron rouge et réchaufferai l’écrasé de pois verts. J’ai réussi. Non. Faux. Waitress pas peignée. Ni maquillée. Vite, vite, vite. Tandis que je termine mes yeux, on cogne à la porte. Merde, merde, merde, j’ai pas passé le balai.

Je fais entrer Joli Minois. Il s’avance vers moi, me serre dans ses bras avant de m’embrasser. Nous prenons un verre de vin sur la galerie avant le repas. Délicieux, en passant.

Arrive le dessert. Morceaux de gâteau blanc spongieux, crème fouettée, framboises et bleuets frais dans des verres à martini. Simple, bon et joli. JM les yeux sur sa coupe. Je ne peux m’en empêcher. Je lui colle une cuillère de crème sur le nez. Il réplique. Les fruits et la crème partout sur les murs, dans les fenêtres. On se paie une Food Fight se qui termine dans la rue, pieds nus sur le béton. Nous nous embrassons, le visage barbouillé. On rit, on se nettoie un peu. Petit digestif.

Et il est parti dormir chez lui...

jeudi 30 août 2007

Les trains qui passent

Lundi, le week-end de Waitress s’amorce. Je me pointe au bar, où Française m’attend, deux gins sur la petite table de la terrasse. Nous sommes au milieu du cinq-à-sept de la restauration. Outre Française, deux autres cuisiniers sont là, de même que le serveur responsable d’un nouveau resto du Carré d’Youville. Un propriétaire de bar boit à la table derrière nous, tout le monde qui jase, tout le monde qui niaise et c’est parti. La danse des verres vides des verres pleins.

M. Magazine arrive, avec quelques amis. Bonjour discret de la tête. Profitant d’un aller-retour à l’intérieur de ma copine, il vient s’assoir à ma table. Il porte un affreux chandail beige-gris. À col roulé. Son sourire et ses yeux pétillants compensent presque son manque de goût.


- Ta patronne t’a dit que j’ai téléphoné ?
- Si.
- Deux fois ?
- Si.
- Pourquoi tu n’as pas rappelé ?


Waitress qui patine. On m’a dit qu’il avait une copine. Ce qui m’a convaincu de ne pas retourner le premier appel. Ensuite, je ne retourne jamais d’appel.


- Pourquoi ?
- Je suis une personne timide.
- As-tu idée du nombre de possibilité que tu as manqué par pudeur ?


Waitress cassée. Je réfléchie aux occasions ratées parce que je n’ai pas osé. Toutes ces fois où une invitation et un numéro m’attendaient sur le répondeur. Ces hommes qui laissent un puis deux messages et qui ne donnent plus de nouvelles. Normal. Mon silence interprété comme un refus. Oui, combien de perches tendues ?


Waitress en pleine angoisse devant M. Magazine. Je tente un subtil changement de sujet, mais j’ai la tête ailleurs. Je pense aux vies possibles que j’ai évitées. À cette boîte sous mon lit, remplie de numéros de téléphone que je n’ai jamais composés. Pourquoi ?


Par peur. Du ridicule, comme du bonheur. Une ligne qui s’étend sur chaque moment de mon quotidien; Waitress et la crainte de la nourriture, Waitress aux instincts réprimés, aux désirs refoulés. Waitress et la peur de vivre.


L’incertitude qui me donne des boutons, les prises de décisions qui m’empêchent de dormir. Cette incapacité à formuler des « Je rêve de », « J’aimerais bien ». Les projets avortés par la simple pensé que c’est impossible, que je ne peux pas me permettre un tel truc.


Il me semble que je n’ai rien fait de l’été. Ni du reste de l’année. Pourquoi ? Combien de vies possibles j’ai regardé passé ?


Faudrait cesser de regarder les trains passer, en choisir un, par raison ou par hasard, mais tenter quelque chose. Oser, choisir d’être moi, une femme qui mord dans la vie, en mode action. En finir avec cette habitude à me laisser flotter au vent, sans m’accrocher à rien jamais. Vivre, tomber, me péter la gueule, mais foutre quelque chose avec la certitude d’exister.


M. Magazine qui parle devant moi. Et la Waitress qui n’écoute plus rien. Qui se dit par contre qu’elle ne prendra pas ce train là. Il s’avère que le garçon pu du bec.

mercredi 29 août 2007

La muraille de Chine

Mercredi, soirée faces laides au restaurant. Les premiers clients se pointent dès l’ouverture, à 17h00. Un couple d’Ontarien d’une cinquantaine d’année. La dame porte d’horribles lunettes qui couvrent le trois quart de son visage. Malheureusement, elles ne sont pas assez énormes pour cacher la verrue qui pointe au coin de sa joue droite. Quant à son mari, je ne peux pas le décrire. Il ne m’a jamais montré son visage, toujours à regarder ailleurs lorsque je lui adresse la parole. Je les conduis vers la table 6.

Trois femmes passent alors la porte. Je vais à leur rencontre, poussant fort sur les sourires et la bonne humeur. Elles m’appellent « Chou », je les déteste aussitôt. Elles s’informent de la terrasse, qui est située derrière le restaurant, face au fleuve.

- Est-ce qu’il y fait chaud ?
- Même température que dans le stationnement, madame.
- On va aller voir.

Je les mène à l’extérieur et les invite à choisir l’endroit qui leur convient. Erreur. Elles hésitent, ne savent pas trop.

- Y a-t-il une section plus chaude sur la terrasse ?
- ????????
- Oui, de quel côté il fait le plus chaud ?
- À droite, il fait 20, à gauche, 22.
- On va aller à gauche, alors.
- ????????

Trois pimbêches. Trois poules qui caquettent sans arrêt. Elles changent deux fois d’emplacement avant d’ouvrir les menus. Pour se rendre compte que nous ne servons pas de cheeseburger. Elles repartent aussitôt.

Arrive notre seule réservation de la soirée, un couple qui fête leur anniversaire de mariage. L’homme porte les mêmes lunettes que l'Ontarienne. Quarante ans, la peau molle et grise, une bouche minuscule et bien rouge. Me fait penser à une dinde. Sa femme est vêtue d’ une longue robe bleue. Les fleurs blanches en imprimé s’agencent parfaitement à ses chaussettes, mises en évidence par ses sandales sport. Grosses lunettes, nez en bec d’aigle, le teint blanc. Me fait penser à un pinçon. Le couple volaille de la soirée.

Les gens se suivent et se ressemblent. À 20h00, la salle à manger est pleine. Que des couples. Et pourtant, aucune ambiance. Je n’entends que la musique et le bruit des ustensiles qui frottent le fond des assiettes. Personne ne parle, personne ne se regarde. La vue est superbe, le coucher de soleil magnifique et les yeux ne voient que la nourriture.

Waitress observe la triste scène, avec une pointe d’incompréhension. Ces gens qui vivent ensemble depuis plusieurs années. Qui passent fêter un anniversaire de rencontre, de mariage. Et ce silence, cette incapacité à se sourire, à se tendre vers l’autre. Comme d’immenses murs entre eux, qu’ils traînent en chaque endroit en se faisant croire que rien n’y paraît. Je n’ai pu m’empêcher de penser que je suis foutrement bien seule.

mercredi 22 août 2007

Soirée morne d'août

Waitress au travail. Ne reste plus que quelques tables à servir et je toucherai mon pourboire, de même que le volant de ma voiture. Soirée plutôt moche. Des clients mornes qui boivent de la bière sans alcool. Des enfants qui hurlent et piochent et renversent tout. Une dame a même réussit à lancer le jaune d'oeuf de ses pâtes carbonara sur ma jupe. MA jupe. Sans s'excuser. Pas ma faute si ton mari me matte. Baise-le plus souvent et il saura se conduire en public.

J'entre dans la cuisine, où Française nettoie sa table chaude.

- Est-ce qu'on sort ce soir ?
- T'as soif ?
- Autant que toi...

Nous convenons de nous rejoindre au bar sur St-Vallier, faire de la terrasse sur des chaises de plastique vert. Nous avons manqué quelques soirées Mottés dans les dernières semaines, nous espérons bien nous reprendre.

De retour à Québec, je dépose Balou à son bar de la Haute-Ville, redescend vers mon quartier crade. Dès que j'entre, le téléphone.

- Tu t'en viens ?
- Ben là, j'arrive chez nous.
- Mets ton linge de pitoune Waitress, pis arrive.
- C'est bon, je pars dans cinq minutes, tu peux me caller un gin.

J'arrive au bar. Française hurle que sa poule de luxe est là. Un chien accroché à la clôture de la terrasse essaie de me manger un mollet au passage. Hummm. Pas grand monde. Tranquille partout dans la ville. Deux autre cuisiniers boivent leur bière d'après-shiff. Comme quoi nous terminons tous aux même heures. C'est le cinq-à-sept de la restauration. Il est près de minuit.

La mornitude me suit encore. Il ne passe rien. Un grand punk finit par me demander d'aller fumer un joint avec lui. Tentation. Waitress a arrêté ça il y a un an, faut poursuivre. Il revient ensuite, en me donnant du vous, tentant de savoir mon nom. On se présente, il enfourche sa bicyclette et part.

Après cinq gins tonic, Française démarre sa moto tandis que je marche vers l'appartement. Avec une envie de frencher, d'avoir des lèvres sur les miennes. Je n'ai rencontré personne sur le chemin du retour.

mardi 21 août 2007

Joli Minois

Ce matin, le téléphone me tire du sommeil. Il est 11h30, je tente d’avoir une voix le moins empâtée possible, question d’orgueil. Ça ne fonctionne pas. Atteinte de la grippe, Waitress parle comme une rockeuse même après huit tasses de café.

Joli Minois : Je te réveille ?
Waitress : Nooooon. Ben, un p’tit peu, mais faut j’me lève.
Joli Minois : Veux-tu qu’on se voit jeudi soir ? Tu pourrais venir chez moi.
Waitress : Faudrait que tu me dises où tu habites, par contre.
Joli Minois : Bien je passerai te prendre après le boulot et j’irai te reconduire vendredi matin.
Waitress : Humm. Ma p’tite sœur monte à Québec vendredi, je verrai d’abord à quelle heure elle arrivera.
Joli Minois : Ahhh oui, c’est vrai.
Waitress : Je te rappelerai. Ce soir ou demain. Ben, on est quel jour ?
Joli minois : Euh. Mardi.
Waitress : Ahh. Juste mardi. Je te redonne des nouvelles alors.

Trois erreurs dans cette conversation. D’abord, jeudi soir, c’est loin pour me demander un rencart. Monsieur n’a pas daigné m’ajouter à ses plans du week-end, et ce matin, de retour au boulot, il s’est soudainement souvenu que j’existe. Je dois déjà l’ajouter à mon planning ? On verra, on verra.

Seconde erreur. Suite à une rupture, Joli Minois est retourné vivre chez sa mère, qui vit dans une sorte d’immense manoir, seule. Il m’y a invité la semaine dernière. Ce à quoi j’ai répondu que ça me rendait mal à l’aise. Mémoire de poisson rouge ?

Mais surtout, SURTOUT : Comment peut-on apprendre à connaître quelqu’un, afin de savoir si une histoire de couple, d’amour de ce que vous voudrez puisse naître, à raison de quelques heures de côtoiement par semaine ? Nos horaires sont incompatibles; il n’y a même pas possibilité de souper ensemble une seule fois dans une semaine ! Nous nous rencontrons le jeudi soir, vers 21h30 et à minuit, il faut qu’il dorme ! Merde, je fais comment pour savoir s’il est gentil, attentionné, s’il peut endurer mon rythme de vie, s’il apprécie mon humour, si j’apprécie le sien, si ça peut être agréable de faire l’épicerie avec lui ? Je le saurai en janvier prochain ? Impossible, d’ici là, c’est une relation d’amitié qui nous unira, rien d’autre. Waitress n’est pas pressée d’être en couple, seulement réaliste. Je me considère aussi comme une femme indépendante. Mais il y a un minimum de temps à investir avec l’autre.

Et M. Magazine qui appelle à mon travail, pour me laisser son numéro de téléphone. En précisant qu’il n’est plus en relation.

dimanche 19 août 2007

Dead Bird

Waitress trouve des oiseaux morts partout sur son chemin. Je parcoure la ville et découvrent des volatiles écrasés sur le béton.

- Copine, pourquoi le bon dieu met ça sur ma route ?
- Je sais pas...
- C'est sans doute un signe...
- Oui. Quand tu te promènes, faut tu lèves plus le menton.


Ahhh les belles leçons de Copine...

Lâcher prise

Waitress et l’errance. Une soif sans limite dans le gosier. Dès que j’ouvre les yeux, hésitation. Lait ou Amarula pour accompagner le café ? J’ai de la visite et je profite de leur tournette à la salle de bain pour remplir mon verre à nouveau. Au bar, j’enfile les gins version haute vitesse. On ne me fait plus payer au fur et à mesure, et j’apprends ensuite qu’en deux heures, j’en ai mis onze dans mon corps. Pourtant, je marche droit, pas saoule, ni désagréable.

Les jours de congés, le temps passe avec les divers cocktails. Un bar perpétuel chez moi. Au frigo, bière, vin blanc, gin, vodka, Amarula. Jus d’orange, de canneberge et tonic water se tiennent à côté. Dans l’armoire au-dessus du poêle, vin rouge, triple sec et abricot brandy. Le congélateur n’en finit plus de me fabriquer des glaçons.

Pourtant, aucune tristesse chez Waitress. Juste une soif. Je ris sans masque, j’ai du plaisir à côtoyer amis et collègues de travail. J’aime mon boulot. Mon appartement. Mes activités. Et cette envie d’alcool incessante.

En même temps, cette haine du corps. Il prend trop d’espace, il recouvre trop le cœur. Je mange parce qu’il le faut bien. Culpabilité chaque fois. Je monte sur la balance. Horreur. Je deviens obsédée par la nourriture. La raison qui trouve le tout si stupide, qui sait que je suis à la limite de la minceur et de la maigreur. Les yeux qui voient de grosses fesses, de grosses cuisses dans le miroir. Qui n’existent pas. Une division en mon être. Le rationnel contre l’anxiété. Et la Waitress qui se sent stupide, stupide, STUPIDE !

Comme une gamine. Qui réclame un peu d’attention, qui a besoin d’une paire de bras chauds et d’un murmure à l’oreille. « Tout ira bien, t’inquiètes ». Pour que cesse le tourment. Faire confiance. Lâcher prise.

samedi 18 août 2007

Derrière le corps

Jeudi, 21h30. Joli Minois se pointe chez la Waitress après sa journée au boulot. J’ouvre la porte, il se tient devant moi, grand sourire, pantalons propres, chemise blanche aux pointes fripées, bières en main.

Je l’invite à entrer, il monte les deux marches qui mènent au salon. Ses mains saisissent mes hanches, m’attirent contre son corps. Doux baisers, tout tangue autour de moi. Son odeur, sa chaleur m’enveloppent. Je ne bougerais plus de là.

Dans la cuisine, on s’installe avec un verre pour discuter. On se colle, on rit, tout est apaisant. Il me raconte sa journée, je fais pareil.

- Pour la première fois depuis le mois de mars, je suis en congé dimanche matin…

JM m’a invitée à me joindre à lui et des amis dans un chalet. J’avais décliné l’offre pour cause de travail. Mon horaire a changé, je suis heureuse de pouvoir me joindre à eux.

- Ah. Les plans ont changé, on se fait une soirée de gars finalement. Les filles nous rejoignent dimanche midi. Tu travailles pas le soir ?
- J’commence à 15h00, ce sera pour une autre fois.

Déception sur son visage. Du moins, je crois. Waitress s’est habituée depuis longtemps d’être en solitaire en raison de son emploi du temps qui coïncide plutôt mal avec le commun des mortels.

La discussion se poursuit tandis que je le vois s’accoter contre le mur. Il semble fatigué. Je propose d’aller au lit. Il me suit.

Des caresses à n’en plus finir, ses lèvres qui vont de ma bouche à mon cou, à mes seins, ses mains qui occupent le restent de mon corps. Désir, désir. À le tendre sans fin, il devient agressif ce désir, devient animal, vorace, rouge-noir. Nous épuisons nos corps ensemble, les vidant de toute faim, de toute soif.


*


Au matin, je partage le café avec lui. Dans le calme du soleil pâlot, des chairs repues. Aurevoirs, derniers baisés.

La porte se referme, Waitress au sourire triste. Il la trouve belle, elle le sait. Elle se demande par contre s’il a remarqué qu’elle est aussi autre chose.

mercredi 15 août 2007

Le froid

Depuis quelques jours, le froid. Tandis que je travaille sur ma terrasse, je frissonne dès que le soleil descend derrière les montagnes. Les fleurs sur ma galerie commencent à faner. Dans ma voiture, je baisse les fenêtres pour fumer une cigarette. Et je referme tout ensuite. J’ai ajouté une couverture dans mon lit. Comme une constante envie de petite laine.

Waitress sent l’automne qui débute avec un pincement au cœur. Je veux encore de ces nuits suffocantes où tout Québec respire la moiteur, la langueur, le sexe. Des après-midis crème-glacée, sangria. Le temps des petits souliers, des jupes, de la peau étalée aux yeux de tous.

Ça parle d’école dans les rues, sur les blogs, partout. Du retour au travail, des projets pour l’été prochain. Mi-août. Les deux tiers de ma saison à l’île sont derrière moi. Qu’est-ce qui m’attend pour septembre ? Aucune idée. Et pour la suite ? Que des carrés noirs.

Le restaurant restera ouvert pour la première fois. Personne ne sait si les clients viendront nous voir. Ni quels serveurs les espéreront. Waitress le soir dans la berçante qui jongle avec l’avenir. Insouciance ou action ? Chercher un nouvel emploi ou rêver de temps partiel, de chômage ou de voyage ? Temps de repos ? Nouvelle direction ? À voir.

Waitress frissonne.


mardi 14 août 2007

Immaculée conception

Habituée de vivre seule dans de grands appartements, la Waitress a développé un amour et une dépendance pour les petites bêtes poilues en perpétuelle recherche d’affection. Depuis un peu plus d’un an, je cohabite donc avec Afi, une belle chatte au pelage imitation de vache.

2h00 du matin, j’arrive du boulot. Ma coloc vient toujours m’accueillir de ses miaulements et ronrons. Ce soir, rien. Je l’appelle, elle ne se pointe pas. Tant pis, elle se passera de mes caresses. Je mange un bout de fromage, une pêche et boit un verre d’eau. P’tit lunch de fin de soirée.

J’entre dans ma chambre pour me mettre au lit, et je la vois, au fond du garde-robe. Elle devient toute excitée à ma vue, elle miaule, elle s’agite. Depuis deux semaines, son comportement est étrange, ça m’inquiète tout de suite. Je me penche, la prend dans mes bras. Un bout de fil vient avec elle. À l’extrémité, une boule toute humide.


- Quoi ça !

Je dépose ma chatte dans le garde-robe. Du sang partout sur mes souliers, mes sacs à main. Et deux chatons qui crient, oreilles et yeux fermés. Je courre chercher une grande serviette de bain que j’installe à côté du placard. Y dépose tous les chats. Afi me regarde, ronronne, fait la fière. Ma main glisse sur son ventre. Oh. Je sens une masse sous mes doigts, un autre chat. Courage, la belle.

Elle cesse de ronronner et deux spasmes plus tard, trois chatons sur le plancher. De ses dents, elle coupe le cordon ombilical et nettoie le p’tit nouveau. Je suis estomaquée.


Pas que je n’ai jamais vu un animal mettre bas, non. Mais la situation a quelque chose d’étrange. Je n’envoie pas Afi à l’extérieur. Comme je n’invite pas les chats errants du quartier à entrer. Toutes les fenêtres de l’appartement sont garnies de moustiquaires. Waitress en totale incompréhension.

Ma conclusion ? C’est l’œuvre de Dieu. Une colombe est passée et j’ai trois immaculées conceptions chez moi. Ils nous sauveront. Tous.

lundi 13 août 2007

La noce

Mes yeux s’ouvrent sur un matin ensoleillé. Mon bras s’étire vers la droite et rencontre le vide plutôt que la chaleur de sa peau. Il est parti. Pas de déception dans le constat. Un petit sourire sur mes lèvres. Waitress au bout d’une nuit de caresses, d’heures tactiles remplies de rires et de gémissements, le corps crispé, le corps tendu par le désir qu’on choisit de ne pas assouvir. Plus tard. Rien ne presse.

Je tente de replonger dans le sommeil. Mes yeux s’ouvrent à nouveau, vers la porte. Il est là. Joli Minois qui s’approche, qui m’entoure de ses bras. J’offre un café qu’il refuse; il est déjà en retard. Il doit préparer des trucs pour le mariage de sa sœur qui a lieu en fin d’après-midi. À mon restaurant. On se revoit tantôt.


*


Je quitte l’appartement pour me rendre au travail presqu’en retard. J’ai voulu m’arranger pour être jolie, m’apporter des vêtements chics mais sexy pour l’après-shiff. Résultat ? J’ai l’air de la même chose qu’à l’ordinaire. Je me maquille de façon identique depuis la dernière année et ma technique de coiffage consiste toujours à avoir une tête le plus ébouriffée possible. La chevelure par en bas, j’envoie un peu de spray net , et voilà je suis prête à sortir.

J’embarque un collègue de travail qui m’attend à la quincaillerie sur St-Valier. Il dépose deux dollars dans le pot à covoiturage et baisse le volume de la radio. Il n’apprécie pas particulièrement le dernier album des Yeah Yeah Yeahs.

- Pas trop nerveuse ?
- Moi ? Non.
- T’es consciente que tu vas rencontrer toute sa famille aujourd’hui…
- …
- Ce sera pas le temps de faire de gaucherie, Waitress…
- Ta boîte, Balou, ta boîte…

Arrivés au restaurant, on se fait couler deux allongés que nous accompagnons d’une cigarette. Dix minutes avant de puncher. Je fais le lézard sur la terrasse, profitant du soleil et du vent. Et je l’aperçois au loin. Joli Minois installe le système de son pour la cérémonie, qui a lieu un peu plus loin sur le terrain, en dessous d’un saule. P’tit cœur s’accélère, mains moites.

Je commence à astiquer les coupes à champagne. Deux mariages ont lieu chez nous, ce qui représente 130 verres à frotter. J’en ai donc pour un certain temps à rester coincée derrière le bar. Mes collègues profitent de mon emprisonnement temporaire pour venir m’agacer au sujet de Joli Minois.

Patronne : J’ose pas te mettre tout le long du côté de JM, j’ai peur que tu casses trop de vaisselle.
Patron : Ça doit faire drôle de travailler au mariage de sa future belle sœur, hein ?
Pâtissière : J’trouve que tu souries trop aujourd’hui, Waitress, arrêtes ça.
Balou : Tu te rends compte que si tu l’aurais rencontré plus tôt, tu serais en belle robe avec lui au lieu d’être avec nous ?

Bref, tout le monde passe un petit commentaire. Je deviens de plus en plus nerveuse, je ris tout le temps comme une poule pas de tête, je tourne en rond, mains moites, p’tit cœur qui bat vite, vite, un rouge permanent sur les joues.

JM se pointe au bar, très élégant dans son complet cravate. Grand sourire, yeux doux, il s’installe devant moi pour me parler. Pleins d’oreilles indiscrètes tournent autour de nous, je reçois parfois des coups de coudes, timidité, timidité.

Les voitures commencent à arriver, c’est l’heure d’aller enfiler mon merveilleux costume de mariage. Un chemisier blanc, un corset bleu qui m’empêche de respirer et d’avoir faim et une longue jupe bleue. L’effet est assez spectaculaire; le chemisier étant trop grand et le corset très serré, mes hanches deviennent le point central de mon corps. Je ressemble à une femme prête à fonder une famille de quinze enfants. La honte.

La cérémonie du mariage de Collègue terminée, je sors à l’extérieur pour distribuer les flûtes à champagne. J’entends des « C’est elle, c’est elle » un peu partout sur mon passage. Tout le monde est au courant. Collègue, toute belle dans sa robe blanche, me prend à part pour me dire à quel point elle est heureuse de la situation. Elle me présente alors à sa mère.

- C’est donc chez toi que JM a passé la nuit ?
- Euh…
- Waitress, voici le père de mon chum.
- Ah, JM et toi, vous allez faire des beaux enfants, ça c’est sûr.
- ...
- Tu viens avec nous pour fêter ce soir ? On a loué des chambres, tu dormiras avec JM on t’a gardé une place.
- …

Et ainsi toute la soirée. Waitress bien embarrassée. Waitress bien nerveuse. Mais je trouve le tout plutôt cocasse.


*

Le ménage terminé, tous les serveurs punchent out. Nous enlevons nos costumes, on mange une assiette et nous allons rejoindre Collègue qui nous offre un verre. On jase avec ses amis, on dit des niaiseries, finalement on se prend un deuxième verre. JM reste loin de moi, ne me regarde pas trop, je me demande si je n’ai pas fait une niaiserie. Collègue vient s’assoir sur moi, me fait une grosse colle. Elle me demande si je reste avec eux pour continuer la fête une fois qu’ils auront quitté le restaurant.

- Non, je travaille à 9h00 demain.
- Dommage.
- Oui, je sais…

JM se pointe enfin. Il s’assoit à ma gauche. Me dit que son accompagnatrice vient de partir. Sa main glisse dans mon cou. Me raconte qu'Accompagnatrice entretenait certains espoirs sur cette soirée.

- Je lui ai dit : « Tu vois la fille là-bas ?» bien, je l’ai rencontré dernièrement et elle m’intéresse.
- T’as dit ça ?
- Oui.

Autour de nous, sur la galerie, plus personne. Il s’approche. Me demande s’il peut m’embrasser. Nos lèvres se joignent, on s’enlace. Du bruit derrière nous. C’est la mariée qui me lance une fleur avant de refermer la fenêtre.

vendredi 10 août 2007

Waitress la bourique

Al Bee au téléphone qui s’informe de mon rendez-vous matinal de lundi avec Joli Minois. Je lui raconte avec une tonne de détails, les croissants, son sourire, sa voix, la belle pluie qui tombait ce jour-là.


- Une belle pluie ?
- Oui, ça tombait à grosses gouttes, il a fait noir toute la journée, bien jolie pluie.
- Waitress, grosse dinde.
- Pas tant de compliments, tu vas me gêner…


La conversation se poursuit sur un délire, comme à l'ordinaire. De notre future compagnie de poules pour aveugles, nous arrivons à la conclusion que les Albertains ne mangent pas. Délire.

- Al Bee...
- Vouis ?
- J'ai rencontré un gars l'autre jour au bar...
- Un autre ?
- Hummm. J'crois que tu le connais...
- Qui ?
- M. Magazine.
- Ah. Oui, je le connais bien. Quoi ?

Résumé de la soirée de dimanche.


- T’as-tu faites de quoi avec ?
- Ben, non là.
- Heil, si oui, faut tu sois franche, sa blonde m’intéresse, je me gênerai plus pour la courtiser.
- Sa blonde ?
- T’as ben l’air surprise ?
- Non, non.
- Waitress…
- C’est juste que ça fit pas avec ce qu’il m’a dit…